10: Endocrinopathies

Chapitre 10


Endocrinopathies




PLAN DU CHAPITRE




Acromégalie et gigantisme


L’acromégalie est une endocrinopathie acquise liée à la sécrétion excessive de l’hormone de croissance (GH : Growth Hormone ou somathormone ou hormone somatotrope) et du principal facteur de croissance dépendant de la GH, l’IGF-1 (Insulin like Growth Factor 1). Lorsque cette hypersécrétion survient pendant la croissance osseuse, elle est responsable d’un gigantisme ; lorsqu’elle survient chez l’adulte, elle entraîne une acromégalie.


Dans la majorité des cas, l’acromégalie résulte du développement d’un adénome hypophysaire aux dépens des seules cellules somatotropes (60 % des cas) ou d’un adénome mixte sécrétant également d’autres hormones (prolactine, sous-unité libre des glycoprotéines, thyréostimuline). Dans de très rares cas, l’acromégalie est due à la sécrétion de somatolibérine (GHRH) (tumeur hypothalamique ou sites ectopiques : tumeur carcinoïde bronchique ou pancréatique, phéochromocytome) induisant une hyperplasie hypophysaire [121].



Physiopathologie


La sécrétion excessive de la GH et d’IGF-1 retentit de façon importante sur le système musculosquelettique en entraînant :



image une stimulation de l’ossification enchondrale. Le rôle essentiel de la GH est, en effet, d’assurer la croissance longitudinale du squelette grâce à son action médiée par l’IGF-1 sur le cartilage de croissance (prolifération des chondrocytes). Une production excessive de GH durant l’adolescence entraîne donc un gigantisme. Après fermeture des cartilages de croissance, elle est responsable d’un épaississement des cartilages costaux et des jonctions chondrocostales ;


image une stimulation de l’ossification membraneuse. Celle-ci permet la croissance en largeur des os tubulaires et des os plats par apposition osseuse périostée, endostée et haversienne de l’os cortical. Cette hypersécrétion de GH va donc être à l’origine d’un élargissement des pièces osseuses et des corticales et d’une augmentation de leur résistance aux contraintes mécaniques ;


image une stimulation du remodelage osseux (phénomène nécessaire pour réguler l’homéostasie du calcium et éliminer l’os endommagé) [86], dont le retentissement sur la densité minérale osseuse reste très débattu. En effet, la GH et l’IGF-1 stimulent la prolifération et la différenciation des ostéoblastes et la synthèse de la matrice extracellulaire mais elles stimulent également la résorption osseuse. Si une augmentation de la densité minérale osseuse peut s’observer au squelette appendiculaire (poignet, fémur), les données sont plus divergentes au rachis (risque accru ou non de fracture vertébrale selon les études) [23, 25, 60, 163] ;


image une hyperactivité et une prolifération des chondrocytes, à l’origine d’une hypertrophie du cartilage hyalin et des fibrocartilages. Celle-ci perturbe la congruence articulaire, la nutrition du cartilage par imbibition synoviale et la biomécanique normale, favorisant ainsi les microtraumatismes cartilagineux répétés et les arthropathies ;


image une hyperplasie du tissu conjonctif, notamment du tissu sous-cutané, de la peau et des structures périarticulaires. Il s’y associe une hyperlaxité ligamentaire contribuant, avec l’hypertrophie du cartilage, au développement des arthropathies [95].



Clinique


Cette affection est rare (prévalence estimée entre 1/140 000 et 1/250 000) et n’est pas associée à une prédominance de sexe [86]. Elle est généralement sporadique mais il existe parfois un contexte familial, le plus souvent une néoplasie endocrinienne multiple de type 1 (2 à 5 % des cas). L’âge moyen au moment du diagnostic est de 40–45 ans, souvent après un retard diagnostique d’au moins 10 ans étant donné l’apparition progressive et insidieuse des symptômes [136].


Dans les formes caractéristiques, on peut observer :



image une hypertrophie osseuse et des tissus mous : augmentation de la taille des mains et des pieds (signe de l’alliance, augmentation de la taille des chaussures), prognathisme, saillie des rebords orbitaires, augmentation du périmètre céphalique, écartement des dents, hypertrophie des lèvres et du nez donnant un aspect grossier aux traits, pommettes saillantes, peau épaisse et grasse, hypertrophie des muqueuses de la sphère ORL (raucité de la voix, réduction de la lumière de la glotte, apnée obstructive du sommeil) ;


image une hypersudation (qui permet également d’apprécier l’évolutivité de l’acromégalie) ;


image des signes neurologiques secondaires à la présence de l’adénome hypophysaire [136] ;


image des signes cardiovasculaires parfois sévères [24], constituant la principale cause de décès chez ces patients : hypertension artérielle secondaire à une hypervolémie chronique (un tiers des patients) ou cardiomégalie par hypertrophie du ventricule gauche ;


image une organomégalie (reins, foie, thyroïde) le plus souvent sans atteinte fonctionnelle évidente ;


image des signes cliniques relatifs à d’autres désordres endocriniens : hyperprolactinémie (en cas d’adénome mixte) avec galactorrhée, aménorrhée et diminution de la libido ; hypopituitarisme par atteinte hémorragique du lobe antérieur de l’hypophyse ; diabète [136] ;


image des cancers. Une augmentation du risque de cancers (adénocarcinomes coliques en particulier, leucémies) a été rapportée chez ces patients [95] ;


image des complications ostéoarticulaires. Fréquentes (50–75 % des patients), elles se manifestent cliniquement environ 10 ans après le début de la maladie [152]. Il peut s’agir d’arthralgies des grosses articulations (épaules, genoux et hanches), de lombalgies (50 % des patients) [128], de radiculalgies, d’un syndrome du canal carpien (30–50 % des cas) généralement bilatéral [86], d’un doigt à ressaut, de symptômes neuromusculaires (fatigue, myopathie proximale) ou d’un syndrome de Raynaud plus marqué aux mains qu’aux pieds (25 % des patients).



Biologie


La concentration de GH est parfois normale mais celle de l’IGF-1 est habituellement élevée [60]. Les réponses aux différents tests dynamiques (test de tolérance au glucose, test à la TRH [Thyrotrophin Releasing Hormone], test à la L-dopa-bromocriptine) peuvent permettre de confirmer le diagnostic.



Radiographies (encadré 10.1)



Hypertrophie des tissus mous


D’apparition précoce, elle prédomine aux mains et aux pieds. Sa quantification au tiers moyen des phalanges proximales ou au coussinet plantaire (fig. 10.1) n’est plus utilisée à visée diagnostique en raison des importantes variations interindividuelles et du développement des dosages biologiques. En revanche, bien que cela soit débattu, la mesure quantitative de l’hypertrophie des tissus mous pourrait être utile dans le cadre du suivi, notamment sous traitement.





Hypertrophie osseuse


Elle se traduit par :



image aux mains et aux pieds : une hypertrophie des houppes phalangiennes (aspect en « ancre de marine ») (fig. 10.2), une hypertrophie des os sésamoïdes, une « mise au carré » des épiphyses métacarpiennes, métatarsiennes et phalangiennes, un épaississement des corticales, et des ostéophytes et enthésophytes exubérants ;



image au rachis : une hypertrophie frontale et sagittale des corps vertébraux ;


image au crâne : une saillie des pièces osseuses (mandibule et voûte du crâne notamment), un épaississement des tables externe et interne de la voûte et une hyperostose frontale interne ;


image aux côtes : un aspect calcifié et hypertrophique des cartilages costaux.



Élargissement des interlignes articulaires


L’hypertrophie du cartilage peut être responsable d’une augmentation de la largeur des interlignes (parfois 2 à 3 fois la normale), notamment à la 2e MCP (> 2,5 mm) (fig. 10.3) mais toutes les articulations peuvent être affectées (interligne atlanto-odontoïdien, symphyse pubienne et articulations sacro-iliaques y compris) (fig. 10.4). De la même façon, on peut observer une augmentation de la hauteur des disques intervertébraux (en particulier lombaires).





Arthropathies dégénératives


Elles sont tardives [152]. Les fissures et ulcérations cartilagineuses progressent jusqu’à la fragmentation et la dénudation de l’os sous-chondral. Au stade initial, une ostéophytose marquée contraste avec un interligne articulaire normal ou élargi. Avec l’évolution se développe une atteinte dégénérative similaire à l’arthrose. L’importance de l’ostéophytose, la topographie inhabituelle pour une arthrose banale (épaule, coude) et les autres signes de l’acromégalie peuvent permettre d’évoquer le diagnostic.





Imagerie complémentaire



Échographie


Elle permet d’évaluer l’épaississement du cartilage articulaire et des tissus mous périarticulaires (tendons et capsule articulaire), notamment à l’épaule, au poignet, au genou et à l’arrière-pied. Elle peut ainsi être utilisée pour apprécier la réponse au traitement médical.


Elle permet également l’évaluation :



image d’un syndrome du canal carpien, dû à l’élargissement du nerf médian par œdème de la gaine périneurale plutôt qu’à l’hypertrophie des tissus mous adjacents [39, 78, 152, 154]. Il n’y a pas de bombement du rétinaculum des fléchisseurs. L’élargissement du nerf médian est en fait diffus le long de tout le membre supérieur, ce qui peut permettre d’évoquer le diagnostic en cas de contexte clinique concordant (encadré 10.2) [94, 103, 104]. Même en cas de contrôle de la maladie générale, la réduction de la taille des nerfs périphériques ne sera que partielle [133] ;



image d’un doigt à ressaut (avec épaississement de la poulie A1), rapporté chez 25 % des patients [153]. Cette atteinte est spontanément réversible après un an de traitement en moyenne.





Hypopituitarisme


Il est secondaire à l’atteinte du lobe antérieur de l’hypophyse. Les causes sont multiples (tumorales, infectieuses, granulomateuses, vasculaires, idiopathiques, séquelles d’une radiothérapie intracrânienne ou d’une cure chirurgicale trop agressive [53],) mais l’atteinte peut être congénitale (10 % des cas). Cette affection se traduit par un retard d’apparition et de développement des points d’ossification et, en l’absence de traitement, par un retard de croissance (nanisme harmonieux). Il s’y associe volontiers une ostéopénie [114] avec des os grêles à corticale mince, et une obésité tronculaire. Une augmentation de la prévalence des fractures a été rapportée chez ces sujets, de même qu’une épiphysiolyse de la tête fémorale et une maladie de Legg-Perthes-Calvé [169]. Le diagnostic est confirmé par les dosages hormonaux centraux et périphériques (TSH [Thyroid Stimulating Hormone], LH [Luteinizing Hormone], FSH [Follicle Stimulating Hormone], ACTH, etc.).



Hyperthyroïdie


L’hypersécrétion d’hormones thyroïdiennes est d’origine :




Physiopathologie


L’hypersécrétion d’hormones thyroïdiennes entraîne une accélération du remodelage osseux avec une balance calcique négative [45], à l’origine d’une résorption osseuse axiale et appendiculaire corticale et trabéculaire [54, 76, 156]. Cette résorption (diminution de la densité minérale osseuse de 12 à 20 %) [8, 112] est corrélée à la sévérité de l’hyperthyroïdie et majore le risque de fracture, notamment au col fémoral [164, 165]. Sa réversibilité sous traitement est discutée [93].



Clinique et biologie


La femme est 4 fois plus souvent affectée, notamment après la ménopause. Les signes cliniques de thyrotoxicose sont évocateurs : fatigue, tremblements, nervosité, hypersudation, perte de poids, tachycardie, troubles oculaires, diarrhée et goitre. Les complications osseuses (fractures), articulaires (polyarthralgies de rythme inflammatoire), musculaires (myopathie proximale) ou neuropsychiatriques sont devenues exceptionnelles [8, 110].


Une dermopathie avec myxœdème prétibial a été décrite au cours de la maladie de Basedow [131]. Elle peut avoir un aspect pseudo-nodulaire, s’étendant sur un à plusieurs cm, ce qui peut amener à la réalisation d’une imagerie [31].


Sur le plan biologique, la TSH sérique basale est diminuée alors que la T4 (tétra-iodothyronine) libre est presque toujours augmentée. Les patients présentent une hypercalciurie avec, dans 8–10 % des cas, une hypercalcémie [43]. La stimulation de l’activité ostéoblastique se traduit par une augmentation sérique de la phosphatase alcaline et de l’ostéocalcine, celle de l’activité ostéoclastique par une augmentation des marqueurs de la résorption osseuse [167].



Radiographies


Les patients peuvent présenter :



image une raréfaction osseuse axiale et appendiculaire. Au rachis, on observe parfois des tassements vertébraux et une cyphoscoliose. Au crâne, elle peut être visible sous la forme de plages radiotransparentes focales, parfois lacunaires, notamment à l’os frontal, ce qui peut prêter à confusion avec un myélome. Cette raréfaction peut également s’observer aux os longs, aux clavicules et aux côtes, avec parfois un aspect pseudo-kystique. Aux phalanges, métacarpiens et métatarsiens, l’os cortical apparaît « poreux » avec des stries longitudinales intracorticales traduisant l’accélération du remodelage osseux [149]. Les fractures pathologiques sont rares (col fémoral, os longs, voire métacarpiens) ;


image des calcifications des cartilages costaux et de la trachée ;


image des pseudo-fractures (stries) de Looser-Milkman, rarement (forme ostéomalacique) [132].


Certaines affections sont également plus fréquentes dans cette population [29] :



Chez l’enfant, l’hyperthyroïdie entraîne une accélération de la maturation osseuse parfois très marquée. Une craniosténose a également été rapportée.



Forme particulière : l’acropathie (acropachie) thyroïdienne


Elle est rare et s’observe dans le suivi d’une maladie de Basedow (0,1–1 % des patients), plus rarement d’une thyroïdite d’Hashimoto. Elle associe une exophtalmie parfois sévère, un œdème des tissus mous non douloureux des doigts et des orteils, un myxœdème prétibial et un hippocratisme digital. En radiographie, on peut objectiver des appositions périostées irrégulières de type chronique du tiers moyen des diaphyses métacarpiennes, métatarsiennes et phalangiennes (fig. 10.5) [15, 162]. L’atteinte d’un seul rayon est rare [33]. L’échographie peut également objectiver ces appositions périostées [155]. En IRM, l’épaississement parfois nodulaire du tissu sous-cutané prétibial ne présente pas de signal spécifique [162].




Hypothyroïdie


Elle peut être :




Clinique et biologie


Chez le nouveau-né, le diagnostic repose sur le dosage systématique de la TSH sérique au 5e jour de vie. Sinon, elle peut se traduire par un cri rauque, une persistance de l’ictère néonatal, une macroglossie, une hernie ombilicale ou un abdomen distendu, un retard des acquisitions, une hypotonie musculaire, un retard de maturation osseuse et une dysgénésie épiphysaire pouvant aller, dans les formes sévères, jusqu’au nanisme.


Chez l’adulte, la maladie est plus fréquente chez la femme. Elle se traduit par une atteinte des muqueuses (macroglossie, voix rauque, ronflement nocturne), une atteinte cutanée (cheveux secs, alopécie du sourcil, myxœdème du dos des mains et des pieds, œdème périorbitaire), une frilosité, une myopathie proximale, une prise de poids, une constipation et un ralentissement psychomoteur avec tendance dépressive. Elle est confirmée par l’augmentation de la TSH sérique sauf en cas de pathologie hypothalamohypophysaire. Divers anticorps seront dosés pour rechercher une thyroïdite. Une hypercholestérolémie et une hypertriglycéridémie et une élévation des CPK peuvent être associées.



Imagerie



Chez l’adulte


On peut observer :



image des syndromes canalaires secondaires à l’infiltration myxœdémateuse des tissus mous, parfois en association à une ténosynovite (syndrome du canal carpien ou du tunnel tarsien). Il semblerait que l’hypothyroïdie entraîne également une démyélinisation [29, 31] ;


image des ténosynovites des muscles fléchisseurs des doigts ou un doigt au ressaut [29, 76] ;


image des synovites métacarpophalangiennes, métatarsophalangiennes, des poignets et des genoux ;


image des arthropathies destructrices des mains et des pieds prédominant aux articulations IPP, ressemblant à de l’arthrose, notamment chez la femme [58]. Une augmentation de la fréquence des arthropathies à microcristaux de pyrophosphate de calcium a également été rapportée, en particulier aux mains et aux genoux [47] ;


image une ostéocondensation secondaire à la rétention calcique. Elle est paradoxalement associée à une augmentation de la fréquence des fractures, notamment du col fémoral [93, 167] ;


image des calcifications des tissus mous secondaires au métabolisme anormal du calcium ;


image une myopathie, responsable d’une fatigabilité excessive [8, 67].



Chez le nourrisson et l’enfant


Les anomalies radiographiques sont devenues exceptionnelles depuis le dépistage systématique de cette affection [32]. En plus des signes précédents, on peut observer :



image un retard d’apparition et de développement des centres d’ossification épiphysaires ;


image un aspect fragmenté et irrégulier des épiphyses et apophyses, encore appelé « dysgénésie épiphysaire ». Il s’observe notamment aux têtes fémorales, humérales et à l’os naviculaire. Il régresse en 1 à 2 ans en cas de traitement précoce ; sinon, il peut être responsable d’altérations morphologiques des épiphyses (coxa plana, magna et vara notamment) avec développement d’arthropathies dégénératives ;


image un retard de croissance et de fermeture des sutures et des cartilages de croissance (brachycéphalie, aspect proéminent des sutures, os wormiens) ;


image un aspect en « bec » ou en « rostre » des corps vertébraux de T12 et L1 pouvant entraîner une cyphose [135] ;


image un diastasis C1-C2 ;


image une épiphysiolyse de la tête fémorale uni ou bilatérale de cause incertaine.



Hyperparathyroïdie primitive


On individualise classiquement trois types d’hyperparathyroïdie (HPT) :



Sur le plan biologique, les hyperparathyroïdies primitives et tertiaires se caractérisent par une hypercalcémie tandis que l’hyperparathyroïdie secondaire se traduit par une calcémie normale ou très discrètement diminuée. La PTH est élevée dans tous les cas.



Étiologies de l’hyperparathyroïdie primitive


La sécrétion excessive de PTH est induite par un dysfonctionnement primitif et autonome des glandes parathyroïdes [55]. Il peut s’agir [3, 37] :



Certains facteurs peuvent favoriser la survenue d’une HPT primitive ou la révéler : irradiation cervicothoracique (15 à 25 % des patients) [17], diabète sucré et certains traitements de longue durée (diurétiques thiazidiques, lithium et calcibronate).



Physiopathogénie


La PTH est une hormone hypercalcémiante hypophosphatémiante. Elle augmente la réabsorption tubulaire rénale du calcium alors qu’elle inhibe celle du phosphate. Par ailleurs, elle favorise l’absorption intestinale de calcium et est responsable d’une résorption osseuse favorisant l’hypercalcémie. Elle augmente la réabsorption tubulaire rénale du calcium alors qu’elle inhibe celle du phosphate. Elle est stockée dans les granules sécrétoires des cellules parathyroïdiennes. Elle est partiellement sécrétée car il existe un catabolisme intracellulaire de l’hormone sous contrôle de la calcémie circulante.



Actions de la PTH sur l’os




image Résorption osseuse. La PTH stimule la prolifération des ostéoclastes mais la résorption osseuse induite nécessite paradoxalement la présence locale d’ostéoblastes. En effet, la PTH stimule les cellules de la lignée ostéoblastique qui expriment un facteur de croissance macrophagique (le M-CSF) et un ligand RANK (RANKL). Ce ligand se lie avec un récepteur présent à la surface des pré-ostéoclastes (RANK) qui se différencient alors en ostéoclastes en présence du M-CSF [21, 72, 125]. Cependant, le rôle de RANKL dans la physiopathogénie de l’HPT primitive reste encore débattu [83], des taux variables de RANKL soluble ayant été rapportés dans cette affection [118, 148]. Des études récentes soulignent également le rôle de la protéine sclérostine, puissant inhibiteur de l’activité ostéoblastique [120].


image Ostéoformation. Le rôle de la PTH est moins bien élucidé. Elle favorise notamment la croissance des ostéoblastes et pré-ostéoblastes et inhibe leur apoptose à l’état physiologique. Ce rôle est médié par son action sur la voie Wnt.


image Remodelage osseux et homéostasie calcique. La PTH, en augmentant le nombre d’ostéoclastes, puis d’ostéoblastes, permet d’équilibrer l’homéostasie calcique et l’équilibre du capital osseux.




Clinique et biologie


L’HPT primitive est l’endocrinopathie la plus fréquente après le diabète et l’hyperthyroïdie. Elle affecte 2 à 3 fois plus souvent la femme et son incidence augmente avec l’âge pour atteindre 1 à 2 ‰ après 60 ans [145]. Sa prévalence est estimée entre 4,3 à 21 ‰ en Europe [3, 37].



Formes cliniques


Les formes asymptomatiques, découvertes par un dosage systématique de la calcémie, représentent la majorité des cas d’HPT primitives. Sinon, les symptômes urinaires et digestifs constituent les principaux signes d’appel de la maladie [146].


La forme lithiasique atteint les sujets jeunes. Elle est secondaire à l’hypercalciurie (> 0,1 mmol/kg/j). Elle se traduit par des coliques néphrétiques. Une néphrocalcinose bilatérale et symétrique est parfois notée.


La forme osseuse se définissait par la présence de polyarthralgies, de dorsalgies mécaniques, de fractures pathologiques des os longs ou de déformations articulaires avec une riche séméiologie radiologique. À l’heure actuelle, c’est essentiellement une baisse de la densité minérale osseuse en ostéodensitométrie qui fait découvrir l’HPT primitive.


La forme aspécifique comporte, comme son nom l’indique, toutes sortes de manifestations neurologiques périphériques, centrales, digestives ou une hypertension artérielle.



Déterminisme des formes cliniques


Le développement de l’une ou l’autre de ces formes cliniques dépend de l’âge du patient, de sa masse rénale fonctionnelle et de ses réserves en vitamine D (tableau 10.1). Ainsi, les patients jeunes ont une clairance de la créatinine élevée, un stock important de 25(OH)vitD et une masse néphronique élevée. En cas d’HPT primitive, ces éléments favorisent une sécrétion maximale de 1,25(OH)2vitD qui stimule l’absorption digestive de calcium et favorise par conséquent l’hypercalciurie propice à la formation de calculs. De plus, la 1,25(OH)2vitD freine l’hypersécrétion de PTH, expliquant ainsi les taux modérés de PTH circulante. Les patients jeunes se plaignent plus souvent de douleurs musculaires et « osseuses » [141].



Les femmes semblent présenter des formes plus sévères d’hyperparathyroïdie avec des valeurs plus importantes de PTH et une fréquence plus élevée d’atteintes ostéoarticulaires [141].



Biologie


L’HPT primitive se traduit donc typiquement par :


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May 5, 2017 | Posted by in GÉNÉRAL | Comments Off on 10: Endocrinopathies

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