Démentiel

Chapitre 21 Syndrome Démentiel





Les situations de diagnostic de démence chez le malade âgé sont extrêmement fréquentes. La prévalence des démences, très importante, concerne, selon les dernières estimations, environ 800 000 Français. La démence se présente au médecin comme une altération des fonctions supérieures, avec des troubles de la mémoire et une diminution de l’autonomie pour les activités de la vie quotidienne.



DÉFINITION ET DIAGNOSTIC DU SYNDROME DÉMENTIEL




inline Troubles mnésiques et des fonctions supérieures


Ces troubles comprennent toujours l’affaiblissement des capacités mnésiques de la mémoire épisodique ou sémantique, récente ou ancienne, antérograde ou rétrograde, et l’atteinte d’une des fonctions supérieures parmi les praxies, les gnosies, le langage ou encore les fonctions exécutives.





inline Apraxie


Les praxies sont définies par les capacités à réaliser des gestes plus ou moins complexes, associés ou non à des objets ou des actions connues. Ces déficits excluent les déficits moteurs, tout trouble de la coordination, tout trouble du tonus et tout trouble lié à des mouvements anormaux. Un déficit sensoriel, les atteintes pyramidales, extrapyramidales, cérébelleuses, ataxiques, la présence de tremblements ou d’autres mouvements anormaux tels qu’une chorée sont à exclure avant de conclure à une apraxie. Une apraxie traduit ainsi essentiellement une incapacité à réaliser une séquence de gestes. Elle restreint le plus souvent l’autonomie du patient pour les activités de la vie quotidienne et nécessite l’aide de l’entourage. Lors de l’évaluation neuropsychologique, différents types d’apraxies seront recherchés.







inline Agnosie


L’agnosie est l’incapacité à reconnaître et à identifier un objet avec l’un des sens, et ceci en dehors de tout déficit sensoriel. Ainsi, et particulièrement chez le sujet âgé, il faut s’assurer de l’absence d’hypoacousie ou de déficit visuel avant d’affirmer l’existence d’une agnosie auditive ou visuelle. L’exploration des agnosies nécessite de tenir compte des éventuels troubles du langage. En effet, un patient auquel on présente un objet à reconnaître peut être gêné pour le nommer en raison d’un trouble du langage empêchant de retrouver le nom attendu. En l’absence de trouble du langage, le patient peut également être dans l’incapacité d’identifier l’objet comme un élément connu en raison de sa difficulté à intégrer les stimuli sensoriels, visuels dans cet exemple.


Sur le plan auditif, une agnosie empêchant au patient de reconnaître une série de syllabes comme une phrase puis des mots, peut mimer parfaitement un trouble du langage et égarer le diagnostic. La recherche d’une agnosie est donc habituellement délicate d’autant que fréquemment plusieurs troubles des fonctions cognitives sont intriqués. Chez des patients atteints d’une démence évoluée avec d’importants troubles de la mémoire immédiate, l’oubli de la consigne délivrée quelques secondes auparavant constitue un obstacle supplémentaire.


D’une façon générale, il est utile de réaliser des tests de reconnaissance avec deux présentations successives de la « cible » associées à des distracteurs, ressemblant à la cible par exemple. Les agnosies visuelles peuvent entraîner une incapacité à reconnaître des visages, même familiers.




inline Progression des troubles cognitifs et leur retentissement


L’élément essentiel est d’établir la nouveauté de ces troubles des fonctions supérieures. Son absence est très souvent un obstacle pour porter un diagnostic de démence qui permettrait de différencier ces troubles par exemple d’une pathologie psychiatrique ancienne comme une schizophrénie ou d’une pathologie congénitale comme une hypothyroïdie. Une anamnèse réalisée avec l’entourage permet de documenter l’existence éventuelle de ces pathologies.


De plus, ces troubles cognitifs doivent avoir pour conséquence un retentissement significatif sur les activités sociales ou professionnelles. Le patient en pleine activité professionnelle connaît des difficultés dans la réalisation de son travail, une absence de promotion, la répétition de sanctions, des échecs ou même un licenciement. Sur le plan social, le patient peut connaître des difficultés conjugales et voir son tissu social environnant se déliter progressivement.


Il faut également rechercher les activités abandonnées en raison des troubles de mémoire ou des fonctions supérieures. Ces activités très variées peuvent être culturelles, artistiques ou de loisirs. Typiquement, les patients atteints d’une maladie d’alzheimer ne peuvent plus, dès le stade précoce, suivre la lecture quotidienne d’un livre, oubliant au fur et à mesure la lecture des pages précédentes. Ces derniers points sont particulièrement difficiles à établir lorsque l’on est confronté à des patients très âgés qui ont tendance à être progressivement exclus de tout lien social de par leur âge. Malgré tout, ces patients âgés peuvent aussi abandonner certaines activités en raison de handicaps tels que des troubles de la marche, de la vision, de l’audition, ou bien encore à l’occasion d’un deuil durement ressenti. Il faut alors savoir distinguer la part de la réduction des activités liée à essentiel essentiellement à l’évolution d’un éventuel syndrome démentiel.


À un stade plus évolué, les activités entravées par ces troubles seront les activités plus élémentaires de la vie quotidienne comme celles qui permettent une vie sociale autonome : réaliser ses courses, gérer un patrimoine, un budget domestique, utiliser un téléphone, organiser des déplacements ou une réception, tenir un intérieur en état de propreté correcte, etc. Ces activités peuvent être facilement évaluées par l’échelle IADL (Instrumental Activities of Daily Living) de Lawton. Enfin, les activités élémentaires de la vie quotidiennes, capacités à assurer soi-même son hygiène corporelle et son alimentation seront évaluées utilement et facilement par l’échelle ADL (Activities of Daily Living) de Katz. À un degré ultime de démence, le patient peut devenir incontinent et grabataire.


La progression des troubles peut être relativement facile à documenter. Il suffit en général de se référer au niveau d’instruction du patient, à sa qualification universitaire ou professionnelle afin d’attester que les troubles constatés représentent un déclin certain par rapport à une situation antérieure. Toutefois, en cas de handicap psychomoteur ancien ou une affection psychotique ancienne, la notion de déclin est beaucoup plus difficile à établir. La répétition des évaluations, avec une fréquence annuelle comme le préconise l’hAS, peut mettre en évidence cette progression dans les troubles et signer un processus pathologique évolutif.



inline Exclusion d’un syndrome confusionnel


Avant de pouvoir affirmer que l’ensemble des troubles, ses caractéristiques évolutives et son ampleur, est expliqué par un syndrome démentiel, l’hypothèse du syndrome confusionnel en tant que diagnostic principal doit être levée. En effet, le syndrome confusionnel, responsable de troubles des fonctions supérieures et touchant volontiers une population identique à celle concernée par les syndromes démentiels, diffère de ce dernier par la présence de troubles de la vigilance, ainsi que par son mode évolutif. Le début est souvent brutal et l’évolution marquée par des fluctuations. Sa résolution est Enfin systématique lors de la disparition de la cause du syndrome confusionnel.


Néanmoins fréquemment, en particulier chez des patients hospitalisés, ces deux syndromes peuvent coexister, le syndrome démentiel étant l’une des conditions propice à la survenue d’un syndrome confusionnel. Une des difficultés est alors d’établir un diagnostic puisque d’une part pour affirmer le diagnostic de syndrome démentiel selon le DSM-IV un syndrome confusionnel comme diagnostic principal doit être exclu, et que d’autre part, pour faire un diagnostic de syndrome confusionnel selon ce même DSM-IV, il faut pouvoir affirmer que les troubles observés ne sont pas attribuables à l’évolution d’un syndrome démentiel. L’importance d’un interrogatoire et d’une anamnèse rigoureux est donc fondamentale chez ces malades. Ceci souligne l’intérêt d’un suivi gériatrique au cours duquel un bilan des fonctions supérieures est réalisé, et le cas échéant, un diagnostic de syndrome démentiel posé.


Le noyau démentiel est ainsi constitué par ces premiers critères : une altération des fonctions supérieures et de la mémoire, un retentissement significatif de ces troubles, l’exclusion d’un syndrome confusionnel. Ensuite, les différents diagnostics étiologiques pourront être envisagés.



inline Autres critères diagnostiques et étiologies


Ces critères seront fonction du diagnostic envisagé.



inline Maladie d’alzheimer


Pour porter le diagnostic de maladie d’alzheimer, il faudra en plus du noyau démentiel réunir trois autres critères (Encadré 1) :






Encadré 1 Critères diagnostiques pour la maladie d’alzheimer selon le DSM-IV









D’autres critères diagnostiques définis en 1984 par le NINCDS-ADRDA (National Institute of Neurological and Communicative Disorders and Stroke-Alzheimer Disease and Related Disorders Association) permettent d’envisager le diagnostic de maladie d’alzheimer selon trois degrés de certitude différents. On parle de maladie d’alzheimer « possible », « probable » puis « certaine ». Le diagnostic de maladie d’alzheimer « certaine » n’est porté qu’avec une confirmation anatomopathologique du cerveau, à laquelle il faut associer l’histoire clinique et le diagnostic de maladie d’alzheimer probable.


Les critères diagnostiques du DSM-IV et du NINCDS-ADRDA sont maintenant systématiquement utilisés dans tous les travaux de recherche biomédicale. L’inconvénient majeur de ces critères est l’impossibilité, à partir de ceux-ci, de porter un diagnostic précoce de maladie d’alzheimer, notamment à une phase « préclinique » durant laquelle seules des anomalies à l’examen neuropsychologique, qui viennent s’ajouter à la plainte mnésique, constituent des arguments solides pour parler de maladie d’alzheimer. Le bilan à ce stade ne permet habituellement pas encore de déceler un retentissement quelconque et il n’est alors pas possible de parler de démence, alors que le patient peut avoir une authentique maladie d’alzheimer à un stade « prédémentiel ».



inline Démence vasculaire


Selon le DSM-IV, pour aboutir à un diagnostic de démence vasculaire, le seul critère supplémentaire nécessaire est la présence de symptômes et signes neurologiques en foyer. Sont considérés comme tels une exagération des réflexes ostéotendineux, un réflexe cutanéoplantaire en extension, une paralysie pseudobulbaire, des troubles de la marche, une faiblesse des extrémités, ou bien la mise en évidence par la neuro-imagerie d’une maladie cérébrovasculaire avec la présence d’infarctus multiples dans le cortex et dans la substance blanche sous-corticale (Encadré 2). Sous le terme de démence vasculaire sont réunies en fait plusieurs pathologies puisqu’il regroupe des patients porteurs d’infarctus multiples, de lacunes diffuses dans les régions sous-corticales, ou bien d’une maladie de CADASIL, affection génétique.



Encadré 2 Critères diagnostiques pour les démences vasculaires selon le DSM-IV








inline Démence à corps de Lewy diffus


Il s’agit d’une pathologie caractérisée par l’association d’un syndrome démentiel ayant un profil neuropsychologique à la fois cortical et souscortical très fluctuant, d’un syndrome extrapyramidal et d’hallucinations. Ceci en fait une entité qui se rapproche d’une association entre maladie d’alzheimer et maladie de Parkinson. Les critères diagnostiques sont basés sur ceux définis par McKeith en 1996 (Encadré 3).


May 26, 2020 | Posted by in GÉNÉRAL | Comments Off on Démentiel

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