2: Sujets corrigés

Chapitre 2 Sujets corrigés



SUJET 1 Aquitaine I (janvier 2011)


Durée : 3 heures



FRANÇAIS (10 POINTS)


Soyez attentif au vocabulaire utilisé et à l’orthographe.


Résumez en 10 ou 15 lignes cet extrait de texte. (2,5 POINTS)


Expliquez le sens de la phrase qui apparaît en gras dans le texte. (2,5 POINTS)


Quelle réflexion personnelle vous inspire l’ensemble de ce texte ? (5 POINTS)





Entre autonomie et lien


« Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? Mais si je ne suis que pour moi, qui suis-je ? »


Rabbi Hillel, Talmud de Babylone


Traçons d’abord les contours du piège, car c’en est un. Au sujet du lien – question aussi primordiale que celle de la limite –, les constats que, jour après jour, nous pouvons faire sont au nombre de trois.


Le premier consiste à exalter la conquête enfin parachevée de l’autonomie individuelle.


Absolue. Totale. C’est elle, répétons-nous, qui confère à notre modernité démocratique une supériorité morale sur toutes les civilisations qui l’ont précédée – ou sur celles qui l’entourent encore. La servitude du lien et du « collectif » est brisée, enfin ! Nous voilà devenus, pour paraphraser l’empereur Auguste dans le Cinna de Corneille, « maîtres de nous comme de l’univers ». Autonome, chaque homme est désormais le législateur de sa propre existence. « L’homme est roi, l’homme est Dieu ! » Il ne doit plus rien à personne. L’éventail de ses choix personnels s’est ouvert comme jamais ce ne fut le cas dans l’Histoire. Là réside le trésor irremplaçable de la voie occidentale, cellelà même que nous opposons volontiers aux « barbaries » pré-individualistes du dehors. Ou du Sud.


Mais le second constat – les deux sont corrélatifs – nous conduit à déplorer simultanément la fameuse déchirure du lien social qui en résulte. Nous y voyons l’amère rançon payée à l’autonomie, et nous n’aimons rien tant que de gémir sur son coût exorbitant. Souffrances et lamentations du moi désemparé […]. L’individu contemporain, dit-on, est émancipé, mais orphelin. Notre bonheur d’être libre est un bonheur blessé. Il porte le deuil – et parfois le regret – des anciennes appartenances, des sujétions rigoureuses mais rassurantes, des protections de toute nature que nous avons rejetées pour leur préférer le grand large et son vent glacé. C’est au nom de ce deuil spécifique et de cette mélancolie que certains nous invitent parfois à rebrousser chemin pour s’en aller recoudre la communauté primordiale ou à refonder la République. Comme si c’était possible !


Le troisième discours – plus nouveau mais fortement articulé – consiste à célébrer avec une ferveur singulière tout ce qui ressemble à un lien de substitution : fêtes, rave-parties, liturgie des stades ou des concerts, rassemblements protestataires, chaleur des foules, grands-messes du rock, du foot, de la techno, des voyages pontificaux ou de la politique, etc. Ces moments fusionnels ont d’autant plus nos faveurs qu’ils viennent combler un manque ou consoler une solitude. L’individualisme a creusé entre les êtres une distance, un vide, que peuvent quelquefois remplir, l’espace d’un moment, ces messes profanes. De fait, elles occupent une place de plus en plus importante dans notre imaginaire collectif et dans les mots qui l’expriment. Dans le langage des adolescents, « s’éclater », « s’exploser » ou « faire la fête » signifie retrouver quelque chose comme le lien.


Ces trois constats, ces trois discours forment en tout cas les trois sommets d’un triangle, et c’est à l’intérieur de celui-ci que nous nous tenons.



Vertiges et fausses sorties


La plupart des réflexions, discussions ou polémiques contemporaines – sur la famille, l’école, la nation, le syndicalisme, la culture populaire, etc. – concernent l’une ou l’autre de ces évidences, voire les trois à la fois : autonomie, solitude, nostalgie fusionnelle. Leur incompatibilité, la contradiction qui naît de leur rapprochement constituent ce piège auquel l’homme démocratique tente désespérément d’échapper. L’objectif principal est donc de dépasser, de traverser, de « trouer » un tel enfermement, sans se satisfaire de ce qu’on pourrait appeler les fausses sorties. Ce besoin de faire lien, malgré tout, est si fort, en effet, qu’il fait naître et encourage d’étranges tropismes collectifsdisons même des vertiges – qu’on ne prend pas toujours la peine d’analyser pour ce qu’ils sont : des échappées illusoires.


La peur, d’abord. Celle, protéiforme, qui hante les sociétés modernes, peur de l’autre, de l’étranger du différent, etc., finit par constituer un succédané de lien auquel nous nous raccrochons d’instinct, faute de mieux. Thomas Hobbes ou Carl Schmitt, entre autres, ont bien analysé cette hypothèse d’une société réunie par la peur, et qui fait d’un ennemi, réel ou imaginaire, le fondement du lien social. Nous y cédons plus souvent qu’on ne le croit. On devrait mieux réfléchir à ce retour mystérieux d’une peur phobique dans des sociétés modernes dont les membres sont pourtant objectivement mieux protégés que jadis. Nos grands-parents et ancêtres n’étaient-ils pas plus exposés que nous à la maladie, à l’arbitraire, à la mort prématurée, au labeur exténuant, à la rareté, au crime ? Notre peur d’aujourd’hui est donc objectivement infondée. Mais elle est là. Puissante. Elle est un symptôme. Or, si la panique est un phénomène de dislocation (sauve qui peut !), la peur latente est une façon – détestable, mais efficace – de « faire société ».


C’est à cette même défaillance du lien qu’on pourrait imputer un autre phénomène de nature différente mais tout aussi insolite : le conformisme contemporain. On a beaucoup épilogué sur l’étrangeté et la force d’un mimétisme qui apparaît aujourd’hui comme le revers inattendu du pluralisme. Qu’il s’agisse des médias, des comportements quotidiens, de la vie amoureuse, des modes vestimentaires, de la pensée dominante, du consensus politique, le prurit d’imitation n’a jamais été aussi puissant : pensées uniques, discours uniques, comportements panurgiques, etc. L’individu prétendument émancipé paraît plus soucieux que jamais de conformité et plus respectueux qu’hier des modèles en vigueur. C’est en cherchant à s’y conformer qu’il attend, en retour, une reconnaissance et une « affection » qui lui permettront, comme le note un psychiatre et psychanalyste [Serge Tisseron], de « renouer temporairement avec un monde à l’abri des conflits ». Le philosophe Cornélius Castoriadis voyait dans ce conformisme généralisé la réalisation des sombres prophéties de Tocqueville sur la médiocrité de l’individu démocratique et la marque d’une véritable « insignifiance » contemporaine.


Pour l’homme d’aujourd’hui, une part inconsciente de lui-même semble reconstituer subrepticement, via le conformisme, une dépendance que sa part consciente rejette avec horreur. Introduisant un texte de Nietzsche, l’historienne Mona Ozouf s’interroge elle aussi sur cette ambivalence. L’homme démocratique, écrit-elle, « est fort loin d’être le héros solitaire auquel Nietzsche réserve la dignité d’individu. Car, chose étrange, plus l’homme démocratique se sent individuel et plus il est englué dans une masse indistincte. Plus il revendique son indépendance, mieux il souligne sa dépendance ». Fausse sortie, là encore.


Troisième exemple de fausse sortie : l’imprudence avec laquelle nous fermons les yeux sur la vraie signification de ce tribalisme urbain dont on constate le retour au cœur même des sociétés contemporaines. On fait ici référence à la fascination qu’exercent sur les médias –ou sur certains intellectuels – les manifestations fusionnelles évoquées plus haut. Fêtes, raves, tribus urbaines : ces retrouvailles frénétiques de l’individu avec le groupe illustrent une tentation qu’on devrait prendre la peine d’analyser avec plus de circonspection.


Elles ne se confondent pas avec ce qu’on appelle ordinairement le communautarisme ethnique ou religieux. Elles expriment plutôt une envie d’en revenir – fût-ce l’espace d’un moment – à un « avant » de l’individualisme. Elles parodient une communion festive et tribale qui romprait tout à la fois avec la modernité et l’autonomie. Elles sont des rappels paroxystiques du lien perdu, comme des restaurations instantanées de la tradition. Or, sans qu’on y prenne garde, notre fascination pour ce tribalisme retrouvé et la manière dont nous le théorisons peuvent nous renvoyer insidieusement au romantisme allemand du XIXe siècle ou à la pensée contre-révolutionnaire française (Joseph de Maistre, Louis de Bonald, etc.). Les romantiques allemands appelaient d’ailleurs « expérience du lien » (Bundeserlebnis) cette abdication fusionnelle de l’individu au profit du grand tout de la communauté. Le plus étrange est qu’une interprétation aussi archaïque de la collectivité parvienne à se travestir aujourd’hui en hypermodernité.


L’un des théoriciens extasiés du tribalisme urbain, le sociologue Michel Maffesoli, revendique d’ailleurs lui-même l’archaïsme ou la « primitivité » – à ses yeux bénéfiques – de ce qu’il appelle « l’esthétique tribale postmoderne ». Il y voit la preuve du caractère précaire, « passager incertain, flottant » de l’individu autonome de la modernité. Cette dernière est condamnée, selon lui, à faire une place de plus en plus grande à « l’expression d’un vouloir-vivre, d’un élan vital quelque peu aveugle et animal, qui pousse tout un chacun à chercher l’intimité, voire la promiscuité avec l’autre ». Une telle analyse revient à relégitimer cette quête frénétique et mimétique de l’unité primitive en laquelle Nicolas Berdiaev voyait, dans les années 1930, la racine même du nationalisme qu’il abhorrait. Ce dernier, écrivait-il, est « l’exact répondant de l’individualisme et de l’égocentrisme ».


Extrait de l’ouvrage Le Goût de l’avenir de Jean-Claude Guillebaud (Paris, Seuil, 2003).



Corrigé



FRANÇAIS





Réflexion


Ce texte met en évidence que dans les sociétés occidentales, autonomie et lien, liberté et communauté correspondent à des besoins profonds, mais qu’il est difficile d’en faire une synthèse autrement que par de fausses pistes. Il convient donc de réfléchir sur d’éventuelles vraies pistes.






SUJET 2 Aquitaine II (janvier 2011)


Durée : 2 heures



QUESTIONNAIRE (20 POINTS)












QUESTION 10 (3 POINTS)


Présentez une situation, un fait qui vous a indigné(e) et développez votre point de vue.



Corrigé



QUESTIONNAIRE









Mar 22, 2020 | Posted by in MÉDECINE INTERNE | Comments Off on 2: Sujets corrigés
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