Chapitre 16 La dépression
DÉFINITION ET POINT DE VUE DE LA MÉDECINE OCCIDENTALE
PATHOLOGIE DE LA DÉPRESSION EN MÉDECINE CHINOISE
IDENTIFICATION ET TRAITEMENT DES TABLEAUX PATHOLOGIQUES
POINTS D’ACUPUNCTURE POUR TRAITER LA DÉPRESSION
PLANTES POUR TRAITER LA DÉPRESSION
PUBLICATIONS CHINOISES CONTEMPORAINES
TRAITEMENT MÉDICAMENTEUX OCCIDENTAL
La dépression
L’ensemble des symptômes de ce qu’on appelle « dépression » en Occident correspond non pas à une mais à au moins cinq grandes catégories de perturbations psychiques et émotionnelles dans les textes classiques. Elles sont répertoriées ci-dessous.
• Bai He Bing : Syndrome du lis. Cette pathologie est mentionnée dans les Discussions sur les Prescriptions du Coffret d’Or (Jin Gui Yao Lue Fang Lun), au chapitre 3–1.1
• Mei He Qi : Syndrome du noyau de prune. Cette pathologie est mentionnée dans le chapitre « Le pouls, les syndromes et le traitement de diverses maladies gynécologiques » des Discussions sur les Prescriptions du Coffret d’Or (Jin Gui Yao Lue Fang Lun, vers 220).
• Zang Zao : Agitation. Cette pathologie est mentionnée dans les Discussions sur les Prescriptions du Coffret d’Or (Jin Gui Yao Lue Fang Lun), de Zhang Zhong Jing, au chapitre 22, traitant des problèmes des femmes.
• Xin Ji Zheng Chong : Palpitations et anxiété (voir la figure 16.1).

Figure 16.1 Correspondances entre les troubles psycho-émotionnels chinois et la dépression en médecine occidentale.
La présentation de la dépression comportera les rubriques suivantes :
• Définition et point de vue de la médecine occidentale
• Pathologie de la dépression en médecine chinoise
• Identification et traitement des tableaux pathologiques
• Points d’acupuncture pour traiter la dépression
• Plantes pour traiter la dépression
• Publications chinoises contemporaines
Définition et point de vue de la médecine occidentale
La maladie dépressive se caractérise essentiellement par un changement d’humeur consistant en un sentiment de tristesse qui peut aller du simple découragement léger au désespoir le plus profond. Cette modification de l’humeur est relativement permanente et peut durer plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois ou plusieurs années. Avec ce changement d’humeur, on voit apparaître des modifications caractéristiques du comportement, de l’allure, de la pensée, de l’efficacité et du fonctionnement psychologique.
Pour faire la distinction entre une réaction normale et une dépression pathologique, il faut appliquer un jugement quantitatif. Si le facteur déclenchant semble inadapté, si la dépression est trop intense ou dure trop longtemps, on considère qu’il y a là quelque chose d’anormal. De plus, la gravité et le handicap de la maladie dépressive diffère à la fois qualitativement et quantitativement des sentiments de « déprime » qui font normalement partie de notre vie.
La dépression représente de 35 à 40 % de toutes les maladies psychiatriques. Elle est deux fois plus courante chez les femmes que chez les hommes. L’apparition de la dépression devient plus fréquente vers le milieu de la vie, avec un pic dans le groupe d’âges allant de 55 à 60 ans.
La maladie dépressive qui est principalement due à des facteurs génétiques et constitutionnels est appelée « dépression endogène ». Elle se caractérise par un mal être plus prononcé le matin. La maladie dépressive qui est principalement une réaction à des influences extérieures se nomme « dépression réactionnelle ».
Les principaux symptômes de la dépression sont les suivants :
La clinique Mayo donne une description détaillée des manifestations cliniques de la dépression2. Cette clinique considère que les deux principaux symptômes qui signalent la dépression sont :
• le manque d’intérêt pour les activités quotidiennes normales,
• un état dépressif avec sensations de tristesse, d’impuissance, de désespoir et pleurs.
La clinique Mayo considère aussi que pour porter un diagnostic de dépression, les signes et symptômes ci-dessous doivent être présents (pendant au moins 2 semaines) :
• perturbations de la pensée et de la concentration,
• fatigue ou ralentissement des mouvements corporels,
• baisse d’intérêt pour le sexe,
La clinique Mayo distingue les différentes formes de dépression suivantes.
• La dépression majeure : ce type de perturbation de l’humeur dure plus de deux semaines et ses symptômes comprennent une sensation de tristesse et de chagrin omniprésente, une perte d’intérêt et de plaisir pour des activités auparavant recherchées, et des sentiments d’inutilité ou de culpabilité. Ce type de dépression peut entraîner un mauvais sommeil, une modification de l’appétit, une grande fatigue et des difficultés de concentration. Une dépression grave peut accroître le risque de suicide.
• La dysthymie : la dysthymie est une forme de dépression moins grave mais plus chronique. Ses signes et symptômes ne sont généralement pas invalidants et des périodes de dysthymie peuvent alterner avec de courtes périodes pendant lesquelles la personne se sent bien.
• Les troubles de l’adaptation : il s’agit d’un sentiment de dépression qui est généralement suscité par des événements extérieurs, essentiellement en liaison avec une perte comme la mort d’un être cher ou la perte de son travail, un diagnostic de cancer, etc. Les personnes qui ne peuvent s’adapter à cette situation souffrent d’un sentiment de dépression que l’on appelle « trouble de l’adaptation ».
• Le trouble affectif saisonnier : le trouble affectif saisonnier est un tableau dépressif lié aux changements de saison et au manque d’exposition à la lumière naturelle. Il peut se traduire par des céphalées, de l’irritabilité et un faible niveau d’énergie.
Le syndrome dépressif majeur
Le « syndrome dépressif majeur » présente quatre caractéristiques principales :
1. Un ensemble précis de symptômes.
2. Il n’a aucun facteur organique et n’est pas la réaction normale qui suit la mort d’un membre de la famille.
3. En l’absence de symptômes liés à l’humeur, il n’y a ni délire ni hallucinations.
4. Il ne vient pas s’ajouter pas à la schizophrénie, aux troubles délirants ou aux troubles psychotiques.
Les principaux symptômes du syndrome dépressif majeur comprennent :
• un sentiment de dépression pendant la plus grande partie de la journée, quasi quotidiennement ;
• une diminution marquée d’intérêt ou de plaisir vis-à-vis de toute ou presque toute activité, et ce pendant la plus grande partie de la journée, quasi quotidiennement ;
• une perte (ou une prise) de poids non négligeable, une diminution ou une augmentation de l’appétit ;
• de l’insomnie ou de la somnolence ;
• une agitation ou une lenteur psychomotrice quotidienne ;
• une grande fatigue quasi quotidienne ;
• un sentiment d’inutilité ou de culpabilité (qui peut être délirant) quasi quotidien (qui ne se limite pas à se faire des reproches ou culpabiliser parce que l’on est malade) ;
• une diminution de la capacité à réfléchir et à se concentrer, une indécision quasi quotidienne ;
• des idées de mort récurrentes, des idées de suicides récurrentes sans passage à l’acte, ou des tentatives de suicide ou des projets de suicides bien précis.
Selon Bowlby, la dépression en tant qu’humeur, que la plupart d’entre nous connaît à un moment ou à un autre, est un état inévitable qui accompagne tout bouleversement de notre vie, par exemple, après un deuil3.
Selon Seligman4, la dépression se caractérise par un sentiment d’impuissance ; le domaine dans lequel elle se sent plus particulièrement impuissante est la création et le maintien de relations affectives. Ce sentiment d’impuissance peut provenir d’expériences familiales ayant leur origine dans l’enfance ou l’adolescence de la personne.
• Cette personne a probablement eu la pénible expérience de n’avoir jamais eu de relation stable et sécurisante avec ses parents malgré des efforts répétés pour y parvenir. Ces expériences de l’enfance ont pour résultat de produire chez elle une tendance marquée à interpréter toute perte éventuelle qu’elle peut subir par la suite comme un échec supplémentaire dans la création et le maintien de relations affectives stables.
• Cette personne a pu s’entendre dire et redire qu’elle n’était attachante, qu’elle était médiocre et bonne à rien. Ces expériences de l’enfance ont pour résultat de produire chez elle une image d’elle-même comme étant peu attachante et non désirable et, en conséquence, elle sera volontiers indisponible, prompte à rejeter et à punir.
• Cette personne a fort probablement vécu la perte effective de l’un de ses parents quand elle était enfant.
Ainsi, le schéma spécifique de la maladie dépressive dont une personne peut souffrir est conditionné par le schéma spécifique des expériences qu’elle a pu vivre dans son enfance.
Ce type d’expériences vécues dans l’enfance explique aussi pourquoi, chez les personnes sujettes à la dépression, on trouve une forte tendance à ce que la tristesse, la nostalgie, et peut-être la colère suscitées par une perte, deviennent déconnectées de la situation qui les a engendrées.
Pathologie de la dépression en médecine chinoise
Le terme chinois pour la dépression est yu . Yu a le double sens de « dépression » et de « stagnation ».
Yu en tant que stagnation
Les Questions simples, au chapitre 71, présentent les cinq stagnations, respectivement de type Bois, Feu, Terre, Métal et Eau. On peut lire :
Lorsque le Bois stagne, il s’étend ; lorsque le Feu stagne, il monte ; lorsque la Terre stagne, elle retient ; lorsque le Métal stagne, il expulse ; lorsque l’Eau stagne, elle se déverse5.
Lorsque le Qi et le Sang sont en harmonie, aucune maladie ne survient. S’ils stagnent, la maladie arrive. De nombreuses maladies viennent de la stagnation ; … à cause de la stagnation, les choses s’accumulent ; même si elles le veulent, elles ne peuvent plus descendre, même si elles le veulent, elles ne peuvent plus transformer ; … c’est ainsi que naissent les six stagnations.6
Le livre complet de Jing Yue (Jing Yue Quan Shu, 1624) interprète la stagnation en termes d’émotions et ne parle pas des six stagnations de la même façon que Zhu Dan Xi. Ce livre évoque les stagnations de colère, d’excès de réflexion, d’inquiétude, de tristesse, de choc émotionnel et de peur. Cette position confirme que toutes les émotions peuvent entraîner une stagnation de Qi, même celles qui, comme la tristesse, commencent par épuiser le Qi. Zhang Jing Yue dit : « Dans les six stagnations, c’est la stagnation qui est la cause de la maladie. Dans la stagnation émotionnelle, c’est la maladie [c’est-à-dire l’émotion] qui est la cause de la stagnation ».7
Yu en tant que dépression
Outre le sens de « stagnation », Yu signifie aussi « dépression ». Certains docteurs chinois disent qu’au sens large, Yu traduit la stagnation et représente le fondement pathologique de très nombreuses maladies, alors qu’au sens étroit, elle traduit la catégorie de maladie appelée « dépression ».
La relation entre « stagnation » et « dépression » n’est pas anodine car, comme nous l’avons vu dans le chapitre 9, la tension émotionnelle commence par affecter le Qi, provoquant généralement une stagnation de Qi (qui peut survenir en même temps qu’un épuisement du Qi). Mais même si la stagnation du Qi est généralement une caractéristique de la dépression à ses débuts, cela ne signifie pas que tous les cas de dépression viennent d’une pure stagnation du Qi. Comme nous le verrons plus loin, lorsque la maladie progresse, de nombreux autres facteurs pathologiques interviennent et peuvent se présenter à la fois sous forme de tableaux de type Plénitude et de tableaux de type Vide.
À des stades plus avancés, la Plénitude peut se transformer en vide et engendrer une dépression de type Vide. En fait, la Chaleur peut léser le Yin et entraîner un vide de Yin du Rein. D’autre part, les Glaires peuvent altérer la fonction de la Rate et provoquer un vide de la Rate. Les principales pathologies de type Vide qui sous-tendent la dépression sont le vide de Sang de la Rate et du Cœur, le vide de Qi et de Yin du Cœur et du Poumon, et le vide de Yin du Foie et du Rein.
Ainsi, en médecine chinoise, stagnation et dépression sont presque synonymes et impliquent que toute dépression est due à la stagnation.
Lorsqu’on parle de la stagnation de Qi, il est important de bien préciser que cette dernière n’affecte pas que le Foie mais qu’elle touche également, surtout en cas de tension émotionnelle, le Cœur, le Poumon et la Rate. Pour ma part, je trouve qu’en Chine, que ce soit autrefois ou maintenant, on a beaucoup trop mis l’accent sur la stagnation du Qi du Foie comme cause principale de la dépression.
En médecine chinoise, stagnation (Yu) et dépression (Yu) sont presque synonymes et impliquent que toute dépression est due, au moins au départ, à la stagnation.
Yu en tant que dépression
Outre le sens de « stagnation », Yu signifie aussi « dépression ».
La tension émotionnelle commence par affecter le Qi, provoquant généralement une stagnation de Qi.
Tous les cas de dépression viennent d’une pure stagnation du Qi.
La dépression est due à des causes de type Plénitude, tout du moins à ses débuts.
À des stades plus avancés, la Plénitude peut se transformer en Vide et engendrer une dépression de type Vide.
Dans la dépression la stagnation de Qi touche également, le Cœur, le Poumon et la Rate.
La dépression et la relation entre l’Esprit (Shen) et l’Âme Éthérée (Hun)
La relation entre l’Esprit (Shen) du Cœur et l’Âme Éthérée (Hun) du Foie a déjà été présentée au chapitre 3. Comme nous l’avons vu, c’est l’Âme Éthérée qui fournit à l’Esprit inspiration, créativité, idées, plans, projets et aspirations. Cette énergie psychique est le résultat du « va-et-vient de l’Âme Éthérée » et elle est la manifestation psychique de la libre circulation du Qi du Foie (et, en particulier, de la montée physiologique du Qi du Foie).
L’Esprit doit intégrer dans la psyché le matériau psychique que l’Âme Éthérée lui fournit. L’Âme Éthérée est la source de nombreuses idées simultanées ; l’Esprit ne peut traiter qu’une seule idée à la fois. C’est pourquoi les mots de « contrôle » et « d’intégration » sont les mots-clés qui décrivent la fonction de l’Esprit par rapport à l’Âme Éthérée (voir la figure 3.13).
Dans la dépression grave, il y a absence de connexion entre l’Esprit (le Shen du Cœur) et l’Âme Éthérée (Hun) ; l’Âme Éthérée a perdu son « mouvement » naturel et la personne n’a plus ni créativité, ni idées, ni imagination et, par dessus tout, ni plans, ni projets, ni buts, ni aspirations, et la dépression en découle.
Dans la dépression grave, il y a absence de connexion entre l’Esprit (le Shen du Cœur) et l’Âme Éthérée (Hun) ; l’Âme Éthérée a perdu son « mouvement » naturel et la personne n’a plus ni créativité, ni idées, ni imagination et, par dessus tout, ni plans, ni projets, ni buts, ni aspirations, et la dépression en découle.
La dépression et la relation entre l’Esprit (Shen) et l’Âme Éthérée (Hun)
L’Âme Éthérée fournit à l’Esprit inspiration, créativité, idées, plans, projets et aspirations.
L’Esprit se doit de contrôler quelque peu l’Âme Éthérée et d’intégrer le matériau psychique qu’elle lui fournit.
Lorsque le « va-et-vient » de l’Âme Éthérée est insuffisant, il y a manque d’inspiration, de créativité, d’idées, de plans, de projets et d’aspirations, ce qui constitue une caractéristique importante de la dépression.
La volonté (Zhi) du Rein et la dépression
Le Zhi du Rein a plusieurs sens différents. Par exemple, ce mot peut vouloir dire « mémoire », reflétant ainsi l’influence qu’a le Rein sur le Mer de la Moelle et sur le Cerveau, et donc sur la mémoire. Zhi peut aussi vouloir dire « Volonté », et c’est dans ce cadre qu’elle joue un rôle important dans la dépression. La traduction de Zhi par « volonté » inclut la volonté même, le dynamisme, la détermination, la résolution, l’enthousiasme et la puissance physique et mentale.
D’après mon expérience clinique, la dépression implique toujours un affaiblissement de la « Volonté », prise au sens large mentionné plus haut, c’est-à-dire incluant la volonté elle-même, le dynamisme, la détermination, la résolution, l’enthousiasme et la puissance physique et mentale. Toutes ces caractéristiques font défaut à la personne déprimée et c’est pourquoi, en cas de dépression, je tonifie toujours le Rein, même en l’absence de tout signe et symptôme spécifiques indiquant un vide du Rein. Je pratique ainsi parce que le manque de dynamisme psycho-émotionnel et le manque de volonté que l’on rencontre dans la dépression sont en eux-mêmes un signe véritable de vide du Rein.
Pour tonifier la Volonté et le dynamisme qui découle du Rein, je pique généralement V-23 Shenshu et V-52 Zhishi.
Distinction entre la dépression du syndrome Yu et la dépression du syndrome Dian
De nombreux livres chinois présentent souvent le syndrome dépressif (Yu Zheng) comme s’il était identique à la phase dépressive de « l’Abattement et la Manie » (Dian, de Dian Kuang ). De nombreux livres chinois, lorsqu’ils répertorient les symptômes de la « dépression », donnent alors la liste des symptômes de Dian. Personnellement, je trouve que cela n’est pas d’une grande utilité et ne correspond à rien en pratique clinique. La « dépression » de la dépression clinique est tout à fait autre que la « dépression » du trouble bipolaire (« Abattement et la Manie »), que ce soit du point de vue de la médecine occidentale ou de la médecine chinoise.
Pour la médecine chinoise, les phases de dépression et d’excitation de « l’Abattement et la Manie » (Dian Kuang) sont les deux pôles du spectre pathologique d’une même maladie. Au cœur de cette pathologie de Dian Kuang, on trouve des Glaires qui obstruent l’Esprit (Shen), ce qui explique à la fois la phase dépressive et la phase maniaque de la maladie. Les Glaires obstruent l’Esprit, mais elles obstruent aussi l’Âme Éthérée (Hun), de sorte qu’elles perturbent le « va-et-vient » de celle-ci, ce qui provoque de la dépression lorsque ce « va-et-vient » est insuffisant, et un état maniaque lorsque ce « va-et-vient » est excessif (Fig. 16.2).
Comme le fait que les Glaires obstruent les orifices de l’Esprit est un élément central dans la pathologie de Dian Kuang, cette pathologie relève toujours de l’Obstruction de l’Esprit. Dans les cas graves et chroniques de Dépression, l’Esprit peut aussi être obstrué, mais ce cas est assez rare. L’Obstruction de l’Esprit a été présentée au chapitre 12.
Par contre, dans la Dépression (Yu Zheng), il n’y a pas forcément des Glaires, mais le « va-et-vient » de l’Âme Éthérée est toujours altéré (sans phase maniaque), ce qui entraîne l’humeur dépressive, le manque d’inspiration, le manque d’objectifs dans la vie, l’absence de rêves et de buts, etc. La pathologie de Dian Kuang est présentée dans le chapitre 19.
Distinction entre la dépression du syndrome Yu et la dépression du syndrome Dian
De nombreux livres chinois présentent souvent le syndrome dépressif (Yu Zheng) comme s’il était identique à la phase dépressive de « l’Abattement et la Manie » (Dian, de Dian Kuang).
La « dépression » de la dépression clinique est tout à fait autre que la « dépression » du trouble bipolaire (« Abattement et la Manie »), que ce soit du point de vue de la médecine occidentale ou de la médecine chinoise.
Pour la médecine chinoise, les phases de dépression et d’excitation de « l’Abattement et la Manie » (Dian Kuang) sont les deux pôles du spectre pathologique d’une même maladie.
Au cœur de cette pathologie de Dian Kuang, on trouve des Glaires qui obstruent l’Esprit (Shen), ce qui explique à la fois la phase dépressive et la phase maniaque de la maladie.
Dans la Dépression (Yu Zheng), il n’y a pas forcément des Glaires, mais le « va-et-vient » de l’Âme Éthérée est toujours altéré (sans phase maniaque), ce qui entraîne l’humeur dépressive.
Le Syndrome du lis (Bai He Bing)
Le Syndrome du lis (Bai He Bing) est décrit dans les Prescriptions essentielles du Coffret d’Or (Jin Gui Yao Lue, vers 220), au chapitre 3–1. Ce syndrome ressemble remarquablement à celui que présente un patient déprimé. On peut lire :
Le patient voudrait manger mais ne peut avaler de nourriture ni ne peut parler. Il voudrait se coucher mais il ne peut s’allonger calmement car il est agité. Il voudrait marcher mais il est rapidement fatigué. Par moments il aime manger et à d’autres il ne peut pas supporter l’odeur de la nourriture. Il a tantôt chaud et tantôt froid, mais sans fièvre ni frisson. Il a un goût amer dans la bouche et des urines foncées [c’est-à-dire qu’il ne s’agit ni d’un Vent externe ni d’une Chaleur interne]. Aucun médicament n’arrive à guérir ce syndrome. S’il prend un médicament, le patient vomit ou souffre de diarrhées. Cette maladie hante le patient (hu huo) [hu signife « renard » et huo « dérouté »] et bien qu’il paraisse normal, il est en souffrance. Il a un pouls Rapide.8
La plupart des ouvrages modernes décrivent ce syndrome comme présentant les symptômes suivants : « le patient est comme en transe » ou « il semble absent » (huang hu), il présente de l’agitation mentale, un goût amer dans la bouche, des urines foncées, de l’anxiété, de la dépression, une langue rouge (parfois sans enduit) et un pouls rapide.
Le principe de traitement recommandé par les médecins contemporains est d’humidifier et de nourrir le Cœur et le Poumon, de tonifier le Qi, de nourrir le Yin, d’éliminer la Chaleur (ou la Chaleur Vide), d’apaiser l’Esprit et de réguler la Volonté (Zhi).
Les points suggérés dans le livre Soigner par l’acupuncture chinoise (Zhong Guo Zhen Jiu Zhi Liao Xue) sont les suivants :
• C-7 Shenmen, Rn-3 Taixi, P-9 Taiyuan
• C-5 Tongli, P-7 Lieque, Rn-4 Dazhong, Rte-6 Sanyinjiao
• C-9 Shaochong, MC-9 Zhongchong, Rn-7 Fuliu
• V-15 Xinshu, V-13 Feishu, V-23 Shenshu
Bai He (Bulbus Lilii) et Zhi Mu (Radix Anemarrhenae)
J’utilise Bai He Bulbus Lilii et Zhi Mu Radix Anemarrhenae en association pour traiter le Syndrome du lis (Bai He Bing). En fait, je prescris ces deux plantes dans toute situation, chaque fois que le patient est déprimé et présente un syndrome sous-jacent du Poumon ou du Cœur, mais surtout en cas de vide de Qi et de Yin de ces deux organes ou de Chaleur du Cœur. L’association de ces deux plantes est particulièrement efficace en cas de tristesse et de chagrin. J’ajoute souvent ces deux plantes aux préparations que j’utilise, quelles qu’elles soient.
L’agitation (Zang Zao)
L’expression Zang Zao, qui signifie littéralement « agitation viscérale », a été mentionnée pour la première fois dans le chapitre intitulé Pouls, syndromes et traitement de diverses pathologies gynécologiques des Prescriptions essentielles du Coffret d’Or (Jin Gui Yao Lue, vers 220). Ce texte dit :
La personne qui souffre d’Agitation [Zang Zao] est triste et elle a tendance à pleurer constamment, comme si elle était hantée. Elle s’étire souvent et bâille de façon répétée. Une décoction de Fu Xiao Mai, Zhi Gan Cao et Da Zao peut la calmer10.
La préparation pour traiter l’Agitation (Zang Zao) est donc Gan Mai Da Zao Tang Décoction de réglisse, de blé et de jujube. Les livres chinois modernes disent que cette préparation traite la stagnation du Qi du Foie et qu’elle apaise le Foie grâce à sa saveur sucrée (cycle de Contre-domination dans le cadre des Cinq Éléments). Je n’adhère pas à cette position, qui provient de ce que je considère comme un accent excessif mis sur la stagnation du Qi du Foie.
Personnellement, je prescris cette préparation non seulement en cas d’Agitation mais aussi de Dépression sur fond de vide de Qi et de Sang. Comme cette préparation se compose uniquement de trois plantes (qui sont toutes de saveur et d’action douces), j’aime bien l’ajouter à d’autres préparations lorsque je soupçonne un trouble d’origine émotionnelle et que le patient présente un vide de Qi et de Sang.
Le syndrome décrit dans les Prescriptions essentielles du Coffret d’Or correspond à une pathologie dans laquelle la personne est à la fois déprimée et anxieuse. Bien évidemment, bien que figurant dans un chapitre consacré à la gynécologie, ce syndrome affecte à la fois les hommes et les femmes.
L’agitation (Zang Zao)
L’expression Zang Zao, qui signifie littéralement « agitation viscérale », a été mentionnée pour la première fois dans les Prescriptions essentielles du Coffret d’Or (Jin Gui Yao Lue, vers 220).
La préparation pour traiter l’Agitation (Zang Zao) est donc Gan Mai Da Zao Tang Décoction de réglisse, de blé et de jujube.
Les livres chinois modernes disent que cette préparation traite la stagnation du Qi du Foie et qu’elle apaise le Foie grâce à sa saveur sucrée.
Personnellement, je prescris cette préparation non seulement en cas d’Agitation mais aussi de Dépression sur fond de vide de Qi et de Sang.
Le Syndrome du noyau de prune (Mei He Qi)
Le Syndrome du noyau de prune a été décrit pour la première fois dans le chapitre intitulé Pouls, syndromes et traitement de diverses pathologies gynécologiques des Prescriptions essentielles du Coffret d’Or (Jin Gui Yao Lue, vers 220). Ce texte dit : « La personne a l’impression de suffoquer, comme si elle avait un morceau de viande rôtie coincé dans la gorge. Utiliser Ban Xia Hou Po Tang ».11Voir la figure 16.5.
Ainsi, comme nous le voyons dans cette citation, à l’origine, le Syndrome du noyau de prune était comparé à la sensation d’avoir un morceau de viande (plutôt qu’un noyau de prune) coincé dans la gorge. L’étiologie de ce syndrome est émotionnelle et due à la dépression.
Certains livres chinois ont par la suite attribué ce syndrome à l’association d’une stagnation de Qi et de Glaires obstruant la gorge. Ce type de Glaires est en fait appelé Glaires-Qi et c’est la forme de Glaires la moins matérielle.
Bien que les livres chinois contemporains attribuent le Syndrome du noyau de prune à une stagnation du Qi du Foie, la préparation Ban Xia Hou Po Tang Décoction de pinellia et d’écorce de magnolia agit en fait sur le Qi du Poumon et de l’Estomac. Je la prescris donc essentiellement en cas de stagnation du Qi du Cœur et du Poumon dans la zone de la poitrine lorsque celle-ci provient de la tristesse, du chagrin ou de l’inquiétude.
Bien que les livres chinois contemporains attribuent le Syndrome du noyau de prune à une stagnation du Qi du Foie, la préparation Ban Xia Hou Po Tang Décoction de pinellia et d’écorce de magnolia agit en fait sur le Qi du Poumon et de l’Estomac. Je la prescris donc essentiellement en cas de stagnation du Qi du Cœur et du Poumon dans la zone de la poitrine lorsque celle-ci provient de la tristesse, du chagrin ou de l’inquiétude.
Syndrome du noyau de prune
Le Syndrome du noyau de prune a été décrit pour la première fois dans les Prescriptions essentielles du Coffret d’Or (Jin Gui Yao Lue, vers 220).
L’étiologie de ce syndrome est émotionnelle et due à la dépression.
Certains livres chinois ont par la suite attribué ce syndrome à l’association d’une stagnation de Qi et de Glaires obstruant la gorge.
La préparation Ban Xia Hou Po Tang Décoction de pinellia et d’écorce de magnolia agit en fait sur le Qi du Poumon et de l’Estomac.
Palpitations et anxiété (Xin Ji Zheng Chong)
Ce que je traduis par « palpitations et anxiété » correspond en fait à deux pathologies distinctes en médecine chinoise. La première est Xin Ji (« Peur et Palpitations ») et la seconde Zheng Chong (« Battements forts dus à la Panique »). Actuellement, en Chine, on préfère souvent le nom de Jing Ji à celui de Xin Ji.
Ces deux pathologies impliquent un état de peur, d’inquiétude et d’anxiété, le premier s’accompagnant de palpitations et le second d’une sensation de forts battements dans la poitrine et en dessous de l’ombilic. Le tableau de « Peur et Palpitations » est généralement provoqué par des événements extérieurs comme la frayeur ou le choc, et il est intermittent ; il est plus généralement de type Plénitude. Le tableau « Battements forts dus à la Panique » n’est pas dû à des événements extérieurs et il est permanent ; il est plus généralement de type Vide et il est plus grave que le premier. Dans les cas chroniques, le tableau « Peur et Palpitations » peut se transformer en « Battements forts dus à la Panique ». Dans les cas graves, le tableau « Battements forts dus à la Panique » peut correspondre à une attaque de panique. Malgré le nom de « Palpitations et Anxiété », certains états de peur et d’anxiété peuvent survenir sans palpitations.
À la fois dans la « Peur et Palpitations » et dans les « Battements forts dus à la Panique » il y a un vide de Sang. Le trouble de Peur et Palpitations survient par crises, le trouble de Battements forts dus à la Panique est constant. Ce dernier est dû à l’inquiétude et à l’excès de réflexion qui agitent l’intérieur, provoquant un vide et des Glaires-Chaleur.12
Zhang Jing Yue dit des « Battements forts dus à la Panique », dans son livre Le livre complet de Jing Yue (Jing Yue Quan Shu, 1624) :
Dans le trouble des Battements forts dus à la Panique, le cœur tremble dans la poitrine, le patient ressent de la peur et de l’anxiété. Il y a un vide et un épuisement du Yin ; on a un vide de Yin en bas, de sorte que le Qi Complexe [Zong Qi] n’a plus de racines et que le Qi ne peut plus retourner à sa source. C’est pour cette raison qu’on a un tremblement [ou des battements forts] dans la poitrine en haut mais aussi sur les côtés de l’ombilic.13
Le tableau de « Peur et Palpitations » et le tableau de « Battements forts dus à la Panique » peuvent tous deux s’accompagner de dépression, et je mentionnerai ces deux pathologies sous le nom unique de « palpitations et anxiété ».
Palpitations et anxiété ( Xin Ji Zheng Chong)
Ce que je traduis par « palpitations et anxiété » correspond en fait à deux pathologies distinctes en médecine chinoise. La première est Xin Ji (« Peur et Palpitations ») et la seconde Zheng Chong (« Battements forts dus à la Panique »).
Ces deux pathologies impliquent un état de peur, d’inquiétude et d’anxiété, le premier s’accompagnant de palpitations et le second d’une sensation de forts battements dans la poitrine et en dessous de l’ombilic.
Le tableau de « Peur et Palpitations » et le tableau de « Battements forts dus à la Panique » peuvent tous deux s’accompagner de dépression, et je mentionnerai ces deux pathologies sous le nom unique de « palpitations et anxiété ».
Vide de Qi du Foie
On dit souvent que le Sang du Foie peut souffrir de vide mais pas le Qi du Foie. Ce n’est pas tout à fait vrai car le Qi du Foie peut parfois souffrir de vide. Pour bien comprendre la pathologie de vide de Qi du Foie, il faut revenir sur les mouvements physiologiques et pathologiques du Qi du Foie. La libre circulation du Qi du Foie est bien connue ; en physiologie, le Qi du Foie circule librement dans toutes les directions, aidant particulièrement le Qi de l’Estomac à descendre et le Qi de la Rate à monter. Grâce à l’aide apportée à ces deux mouvements du Qi, le Qi du Foie aide l’Estomac à faire mûrir et pourrir les aliments, et la Rate à la séparation des essences de la nourriture, leur transformation et leur transport.
Nous savons aussi qu’en pathologie, le Qi du Foie, très souvent, monte trop et que cette situation mène au tableau de « montée du Yang du Foie ». Mais en physiologie, il faut que le Qi du Foie monte quelque peu et cette montée doit être coordonnée avec la descente du Qi du Poumon.
Le Poumon gouverne le Qi et le Qi régule les fonctions des Organes Internes. Le Poumon a la fonction de jie zhi, c’est-à-dire de gouverner, de contrôler, de vérifier et de modérer. La fonction de « restriction », de régulation et d’ajustement du Poumon sur tous les Organes Internes dépend de la descente du Qi du Poumon, et cette descente du Qi du Poumon dépend de la montée du Qi du Foie.
Normalement, le Qi du Foie monte et fait que le Mécanisme du Qi fonctionne correctement, de sorte que le Qi et le Sang sont en harmonie et circulent librement. Il y a un dicton qui veut que « La montée du Qi part du Foie ». Ye Tian Shi dit : « Le Foie est à gauche et son Qi monte, le Poumon est à droite et son Qi descend ». Bien évidemment, il ne faut pas comprendre cette affirmation au niveau anatomique (car le foie se situe du côté droit) mais au niveau énergétique. En vérité, sur le diagramme des Cinq Éléments, avec la Terre au milieu, le Foie est à gauche et le Poumon à droite.
Ye Tian Shi dit aussi : « Le mécanisme du Qi du corps se reflète dans le ciel et la terre dans la nature, le Foie est à gauche et son Qi monte, le Poumon est à droite et son Qi descend. Lorsque le Qi du Poumon ne descend pas, le Qi du Foie se rebelle horizontalement ».
Ainsi, la montée du Qi du Foie et la descente du Qi du Poumon sont essentielles au bon fonctionnement de la montée et de la descente du Qi dans le cadre du Mécanisme du Qi (Fig. 16.7).

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