10: Opérer les muscles droits: les techniques de base

Chapitre 10 Opérer les muscles droits


les techniques de base



Le temps musculaire est la phase essentielle, le but même de l’intervention. Il doit idéalement restituer l’alignement des axes visuels dans toutes les directions du regard et pour toutes les distances de fixation, en d’autres termes corriger la déviation strabique et supprimer les incomitances.


Est-il possible d’atteindre un tel résultat ? Il peut aujourd’hui être approché, voire obtenu dans un nombre croissant de cas grâce aux progrès des stratégies et des techniques opératoires des dernières décennies ; dans d’autres cas, il reste imparfait en raison de troubles innervationnels et/ou mécaniques qu’il n’est pas possible de corriger totalement ou de facteurs qui nous échappent encore. L’opérateur sera, ici comme ailleurs, toujours à la quête de l’optimum possible.



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La recherche d’une chirurgie toujours plus précise a été à l’origine de progrès déterminants au cours de la décennie particulièrement féconde des années 1970 : presque simultanément Cüppers proposa en 1972 son opération du fil [1,2], Véronneau-Troutman initia en 1973 la microchirurgie des muscles oculomoteurs [3] et Jampolsky relança en 1974 l’idée des sutures ajustables [4]. De nombreux traités ou chapitres de traités ont marqué l’évolution qui a suivi au cours des trente à quarante dernières années (annexe 1).




Techniques d’affaiblissement musculaire


Le recul musculaire (synonymes : récession, rétroposition, rétro-insertion)1 est le procédé d’affaiblissement musculaire le plus utilisé. Il est le dernier-né des principaux procédés dits conventionnels de la chirurgie des strabismes.




Recul musculaire avec réinsertion sclérale (procédé de Jameson) [13,14]


Le recul musculaire avec réinsertion sclérale est la technique d’affaiblissement musculaire de base ; il comporte deux temps : la désinsertion et la réinsertion du muscle.



Désinsertion du muscle (figures 10.1 et 10.2)


Une fois le muscle dégagé et le test d’élongation musculaire (TEM) effectué (cf. chapitre 7), le muscle est à nouveau chargé sur un crochet ; les vaisseaux musculociliaires sont cautérisés de part et d’autre de l’insertion musculaire, à l’exception de ceux proches de ses extrémités qui sont pris dans les sutures2.




On place ensuite un fil à chacun des angles du tendon à 0,5 mm de son extrémité ; le passage de l’aiguille entre le crochet et l’insertion est plus facile avec le monofilament 7/0 qu’avec le fil tressé 6/0 ; le fil est passé en allant du centre vers le bord du tendon, en prenant toute l’épaisseur du tissu tendineux, sur une largeur ne dépassant pas 2 mm afin de ne pas dissocier le muscle au moment du serrage des nœuds ; la suture doit inclure les vaisseaux ciliaires antérieurs proches du bord du tendon (cf. figure 10.1).


Après un deuxième passage légèrement décalé dans le sens de la largeur, la suture est serrée sur le bord du tendon au moyen d’une boucle passée (nœud de cabestan) ou par deux nœuds simples inversés.


Le tendon est sectionné à sa base, au ras de la sclère au moyen des ciseaux mousses courbes ou droits de Wescott-Hugonnier : le muscle étant soulevé par le crochet et les fils de suture tendus, la lame inférieure des ciseaux est engagée sous le tendon ; de cette manière, la sclère est légèrement déprimée en arrière de l’insertion au moment de la section et la désinsertion peut être effectivement basale [15] ; les ciseaux sont avancés aussi loin qu’il est possible de le faire sans forcer ; la section peut se faire soit d’un seul tenant, soit de proche en proche ; dans tous les cas, elle doit être franche (cf. figure 10.2).


Dès la section achevée, il faut s’assurer, par une traction prudente sur les sutures que :



Aucun vaisseau ne doit saigner après la désinsertion, si l’hémostase a été bien préparée ; on la complète au besoin du côté scléral par une cautérisation douce. Le muscle, en revanche, se laisse difficilement cautériser : on s’abstiendra de le faire, à moins d’une hémorragie très gênante.


Au moment où l’un ou les deux muscles horizontaux sont désinsérés, il est possible d’évaluer la résistance du globe, isolé de ce ou ces muscles, à la mobilisation passive.



Réinsertion musculaire


Le globe est ensuite saisi à l’aide d’une pince fine, de type Bonn ou Castroviejo, à l’une des extrémités de l’insertion sectionnée ; la marge antérieure de celle-ci est marquée d’un épaississement scléral, fait en grande partie de fibres parallèles à la ligne d’insertion : elle assure une bonne prise, même si le tendon a été sectionné au ras de la sclère ; le globe peut alors être basculé pour permettre la réinsertion du muscle.


Le point scléral de réinsertion est repéré au compas ou au moyen d’une spatule graduée : le point de référence de la mesure est donné par l’extrémité en pointe de l’insertion ; la pointe antérieure du compas prend appui à cet endroit (et non au pied de la pince, car la prise a pu se distendre sous l’effet de la traction et se décaler vers le limbe) ; la pointe postérieure appuie sur la sclère à la distance voulue sur le méridien de l’extrémité de l’insertion pour y imprimer une marque ; celle-ci persistera le temps de la mise en place de la suture ; à défaut, elle devra être marquée à l’encre ou au cautère [16] (figure 10.3).



L’aiguille du fil partant du bord correspondant du tendon est ensuite passée dans la sclère, la marque sclérale servant de repère ; le passage scléral doit avoir 1,5 à 2 mm de long. Afin d’assurer un dosage opératoire aussi précis que possible, il faut en outre tenir compte :



Il faut passer l’aiguille en s’écartant du muscle, obliquement à 45° vers l’avant pour favoriser le bon étalement du tendon ; il faut veiller, au moment de nouer la suture, à ne pas tirer le muscle en avant par un serrage excessif.


Le passage de l’aiguille dans la sclère doit être ni trop superficiel pour éviter que le point lâche, ni trop profond pour ne pas risquer de perforer la paroi oculaire ; l’aiguille doit rester constamment visible dans tout son passage dans la sclère [17]. La sclère est plus mince sous les muscles droits que latéralement à eux ; son épaisseur n’est que de 0,5 à 0,8 mm, parfois de 0,3 mm seulement, particulièrement sous le droit latéral et chez les sujets myopes.


La suture est ensuite nouée par deux nœuds doubles inversés ou trois nœuds simples chaque fois inversés, en veillant à ne pas enrouler l’extrémité du tendon dans ces nœuds ; le dernier nœud, en revanche, doit être bien serré pour éviter qu’il se défasse ; pour cette même raison, les fils sont sectionnés à 1 ou 2 mm des nœuds.


L’autre extrémité du tendon est refixée à la sclère de la même manière, à la distance voulue, également légèrement décalée au-delà du méridien de l’extrémité correspondante de l’insertion primitive pour assurer un bon étalement du tendon ; la suture est nouée comme précédemment (cf. figure 10.3).


Il faut enfin vérifier que l’on n’a pas pris de tissu ténonien dans les sutures et, le cas échéant, le dégager.


Variante : les passages scléraux peuvent également être effectués avant la désinsertion ; ils sont placés à 1 mm au-delà des bords du muscle, en veillant, lors de ce geste, à bien garder celui-ci sur son méridien normal. Cette manière de faire facilite le maintien du globe, notamment pour de grands reculs. La désinsertion est effectuée ensuite ; il ne reste plus alors qu’à nouer les sutures.



Réinsérer la partie moyenne du tendon (cf. figure 10.4)


Que l’extrémité du tendon présente ou non, dans l’intervalle des nœuds d’angle, une incurvation vers l’arrière, nous avons pris l’habitude de fixer sa partie moyenne afin de consolider la réinsertion et d’assurer sa rectitude (à l’exception du droit latéral pour lequel cela n’est pas toujours nécessaire) :




C’est au moment du serrage des nœuds que se joue en définitive le dosage opératoire ; c’est pourquoi ce temps requiert toute l’attention de l’opérateur : il doit amener, par un serrage ajusté, l’extrémité tendineuse à la distance voulue de l’insertion primitive ; il peut ainsi parfaire le dosage voulu, tout en compensant une position éventuellement imparfaite des passages scléraux.



Les sutures doivent produire une légère tension transversale qui suffit la plupart du temps à assurer un bon étalement du tendon, sans pour autant le dissocier.




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La manière de faire décrite ici nous paraît la plus simple [68]. Certains opérateurs préfèrent, par exemple, utiliser un seul fil doublement armé ; ce fil est passé dans l’extrémité du tendon et noué aux angles de celui-ci ; puis chacun des brins est passé dans la sclère de part et d’autre du tendon à la distance voulue de l’insertion primitive ; chacun est ensuite passé une seconde fois à travers la sclère à mi-chemin entre les passages précédents, puis en regard à travers le muscle du dessous vers le dessus pour fixer la partie moyenne de celui-ci et assurer la rectitude de la réinsertion ; les deux brins sont noués entre eux (figure 10.4C).


Les reculs musculaires peuvent se faire à partir d’incisions latéromusculaires (cf. chapitre 9) soit de la longueur des traits de refend habituels (figure 10.5A), soit de mini-incisions – incisions minimales selon Mojon [18] (figure 10.5B) ; la préservation de l’insertion conjonctivo-ténonienne limbique et la réduction de l’irritation postopératoire sont des avantages certains, mais la partie moyenne du muscle reculé est plus difficile à contrôler.




Particularités du recul des droits verticaux


Les droits verticaux peuvent être reculés de deux manières différentes, soit selon l’axe antéropostérieur, comme les droits horizontaux, soit selon l’axe de leur obliquité, en décalant la réinsertion vers le côté nasal proportionnellement au recul : dans le premier cas, l’affaiblissement ménage l’action rotatoire et adductrice, dans le second cas il est global.


Sauf raison particulière, le recul du droit supérieur ne doit pas dépasser 4 mm, 6 mm pour Kaufmann [5], si l’on veut éviter une rétraction consécutive de la paupière supérieure par le jeu de la syncinésie entre ce muscle et le muscle releveur de la paupière. Il en est de même du droit inférieur, si l’on veut éviter une rétraction consécutive de la paupière inférieure par une traction accrue sur l’expansion fibreuse qui unit ce muscle au tarse de la paupière inférieure.


Le recul du droit supérieur peut gêner l’action de l’oblique supérieur. Kaufmann a montré qu’un recul de 2 à 3 mm place en moyenne l’extrémité nasale de la réinsertion au contact du bord antérieur du tendon réfléchi de l’oblique supérieur lorsque l’œil est en position primaire. Tout glissement de ce tendon vers l’avant, en élévation et surtout en adduction, devient impossible en raison de cette butée ; du fait de l’appui que le tendon réfléchi exerce sur elle, l’action abductrice de l’oblique supérieur va augmenter, au lieu de diminuer, en adduction.


Ce dérèglement est peu sensible pour un recul de 2 ou 3 mm ; mais si celui-ci dépasse 3 mm, le tendon réfléchi est en outre refoulé en arrière par la nouvelle insertion du droit supérieur ; cela augmente encore son bras de levier abducteur ; l’incomitance qui en résulte peut devenir gênante.


C’est pour éviter cet inconvénient que Kaufmann a proposé de placer le tendon réfléchi au-dessus du droit supérieur : les deux muscles ayant été désinsérés, on réinsère d’abord le droit supérieur à la distance voulue de son insertion primitive ; on refixe ensuite le tendon réfléchi à son insertion primitive, en le faisant surcroiser le droit supérieur. Il est également possible de faire passer le droit supérieur en dessous du tendon réfléchi, sans avoir désinséré celui-ci ; le droit supérieur peut ensuite être reculé de la distance voulue.


L’inversion musculaire se justifie lorsque le recul du droit supérieur doit dépasser 4 mm ; de la sorte le tendon réfléchi peut déborder vers l’avant la nouvelle insertion de ce muscle. En raison de l’obliquité de son insertion, notamment dans sa partie postérieure, l’inversion implique le plus souvent un léger avancement, du moins postérieur, du tendon réfléchi.


Malgré cette précaution, l’inversion n’est pas tout à fait sans inconvénient, car le bord temporal du droit supérieur va, à son tour, buter contre l’extrémité postérieure de l’insertion du tendon réfléchi et se trouver plaqué sur le globe lors de l’abduction ; cet inconvénient est en fait mineur.



Recul avec anses (figure 10.6)


L’idée de retenir le muscle désinséré au moyen d’une suture remonte à la fin du XIXe siècle.




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À partir de 1895, Béard, cité par Evens [11], a fixé le muscle à la capsule de Tenon et à la conjonctive en nouant les sutures en surface. Bielschowsky, en 1907 [19], a proposé de passer la suture à travers l’insertion sclérale ; le serrage de l’anse avait l’avantage de pouvoir être ajusté dans les premiers jours suivant l’intervention. Cette technique de la ténotomie contrôlée, reprise depuis lors de diverses manières, a été relancée par Gobin à partir de 1968 (figure 10.6A) [20].


La technique qui a pris le nom de recul ou récession avec anses [21,22] consiste à suspendre le muscle par des anses aux points d’amarrage scléral, ceux-ci étant eux-mêmes reculés d’une quantité donnée ou maintenus au niveau de l’insertion primitive comme l’avait fait Bielschowsky dès 1907. La réalisation est simple :



Ce procédé de refixation donne en principe des résultats identiques à ceux du recul classique avec refixation sclérale directe ; néanmoins, si, à cause d’une tension musculaire insuffisante, les anses ne restent pas entièrement déployées, le muscle peut se réinsérer n’importe où entre son insertion primitive et la position donnée par l’extension maximum des anses. Il se pourrait donc que la correction obtenue soit inférieure à celle qui était escomptée.




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Il ne faut pas confondre la technique décrite ci-dessus avec celle du recul majoré avec anses des droits médiaux, tel que Gobin la proposait : avec celle-ci, les points de l’amarrage scléral ne sont pas écartés ; de ce fait la réinsertion du muscle est curviligne, à concavité antérieure, et son étalement réduit. L’expérience clinique a montré que cette technique n’est pas appropriée au traitement des ésotropies pour des raisons physiopathologiques : d’une part la réduction à 7 ou 8 mm au lieu de 10 mm de l’étalement de l’extrémité tendineuse diminue l’action adductrice et majore l’action verticale et rotatoire du muscle dès que le regard cesse d’être strictement horizontal ; d’autre part, l’affaiblissement du tonus de vergence (somme des forces passive et active du muscle) s’avère excessif, puisqu’il conduit tôt ou tard à une exotropie consécutive souvent marquée, en dépit d’un résultat immédiat satisfaisant ; enfin l’extrémité tendineuse est toujours réinsérée directement à la sclère du fait de la pression des tissus orbitaires qui plaquent le muscle contre la paroi du globe. Le tissu fibreux qui se substitue aux anses entre l’extrémité du tendon et les points scléraux d’amarrage des anses, improprement qualifié de « pseudo-tendon », adhère, lui aussi, à la sclère. Les reculs majorés avec anses ramènent donc aux grands reculs avec refixation sclérale directe (cf. chapitre 4 p. 72).



Autres procédés d’affaiblissement musculaire




Recul musculoténonien


En cas de strabisme ancien, de récidive ou de strabisme consécutif, le plan ténonien peut avoir perdu sa souplesse normale. Il risque alors de réduire l’effet d’un recul par la traction qu’il exercera sur le muscle sous-jacent, s’il est remis en place en l’état.


C’est pourquoi le « recul en bloc » musculo-ténono-conjonctival du droit médial, associant un recul des plans ténonien et conjonctival au recul du muscle lui-même, a été proposé (cf. chapitre 9) : le lambeau conjonctivo-ténonien de l’incision limbique est suturé lors de la fermeture, non pas à sa place originelle, mais à 3 à 6 mm en arrière d’elle, au besoin au-delà de l’insertion tendineuse primitive, juste en avant de la réinsertion musculaire [23] ; la suture, au fil 9 ou 8/0, doit être soigneuse, pour éviter un prolapsus des fascias ténoniens et une cicatrice irrégulière. La zone de sclère comprise entre le limbe et le bord antérieur du lambeau, et laissée à nu (bare sclera), se réépithélialise rapidement, mais d’une manière qui n’est pas toujours très satisfaisante du point de vue esthétique.


Nous préférons, en pareil cas, cliver le plan conjonctival du plan ténonien et exciser l’excédent de tissu ténonien, de manière à pouvoir ramener la conjonctive au limbe ou proche de lui, sans entraîner avec elle le tissu ténonien sous-jacent, c’est-à-dire pratiquer un recul uniquement musculoténonien (cf. chapitre 9).



Autres techniques d’affaiblissement musculaire



Ténotomies libres et partielles


Les ténotomies libres et partielles sont aujourd’hui, à de rares exceptions près, abandonnées.



Seule la ténotomie libre reste possible, et uniquement pour le droit latéral : ce muscle dont l’arc de contact est relativement long, se réinsère de lui-même plus ou moins loin en arrière, selon l’importance de sa rétraction. L’efficacité d’un tel geste est toutefois peu prévisible ; elle est en principe d’autant plus grande que l’élasticité du muscle est plus grande pour deux raisons : l’insertion se fait plus en arrière et le muscle est proportionnellement plus détendu.


Gobin [22] pratique une ténotomie médiane lorsqu’il veut faire un recul limité de seulement 1 mm d’un muscle droit : il sectionne les 4/5 centraux du tendon au ras de son insertion sclérale, en veillant à ne pas omettre les éventuelles expansions postérieures ; il laisse le tendon amarré à chacune de ses extrémités sur une largeur de 1,5 mm, en épargnant les vaisseaux ciliaires antérieurs situés en regard (figure 10.7).




Allongement musculotendineux


Les premiers procédés d’affaiblissement par allongement musculotendineux ont été proposés par Stephenson en 1902 [24].



L’intérêt de ce procédé est certain. Peut-être maintient-il effectivement le jeu de l’arc de contact grâce au mode de suture du fragment inséré. Son effet correcteur peut atteindre, selon les auteurs, 4 Δ/mm d’allongement–résection ; il est plus particulièrement indiqué chaque fois qu’un large recul est nécessaire (strabismes fixés).




Techniques de freinage musculaire : l’opération dite du « fil de Cüppers » ou myopexie postérieure


Le but de l’opération du fil de Cüppers ou myopexie postérieure (ou ancrage) est de freiner la rotation du globe oculaire vers le champ d’action du muscle sur lequel elle est effectuée. Son effet progressif diffère fondamentalement de celui d’un recul musculaire (cf. chapitre 4). Sa principale indication est l’excès de convergence ; c’est pourquoi elle porte le plus souvent sur le ou les droits médiaux.



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La technique de la Fadenoperation sur un muscle droit hypercinétique a été élaborée patiemment par Cüppers au cours des années 1960, en collaboration avec des physiciens ; il l’a présentée pour la première fois lors des Journées de Wiesbaden de 1972 [1]. Mais ce n’est qu’après sa publication au Symposium de l’International Strabismological Association (ISA) à Marseille, dans le cadre du Congrès international d’ophtalmologie de 1974, qu’elle a reçu l’attention méritée (von Noorden a découvert dans ses recherches historiques que Peters avait proposé une opération analogue en 1941, sans rencontrer aucun écho en son temps) [2]. Cette date marque incontestablement un tournant historique dans la chirurgie des strabismes, parce que le principe du procédé de Cüppers est totalement différent de celui des techniques conventionnelles utilisées depuis Dieffenbach et parce qu’il a renouvelé le débat sur cette chirurgie [29].


Le terme originel de l’auteur pour désigner son procédé opératoire est celui de Fadenoperation, terme parfois repris tel quel dans d’autres langues ; de Decker et Conrad préféreraient, en allemand, le terme de Fadenfixation, puisque celui de Fadenoperation avait été utilisé par von Graefe en 1855 et Gräfe en 1876 pour désigner des ténotomies réglables [30]. En français, c’est le terme d’ « opération du fil de Cüppers », traduction littérale du terme originel, qui est le plus utilisé. D’autres termes ont été proposés : celui de « myopexie a » (Deller) [24], d’ « ancrage postérieur » (Roth) [31] ou les termes anglais de posterior fixation suture (Von Noorden), de retropexy [6] ou encore de posterior suture (Arruga) [32]. Nous nous tenons ici au terme de « myopexie postérieure » (myopexie étant plus universellement compréhensible qu’ancrage).



Techniques de la myopexie postérieure


La myopexie postérieure est une intervention rétro-équatoriale dont il est nécessaire d’acquérir l’expérience.



Les préalables techniques de la myopexie postérieure


L’instrumentation nécessaire à sa réalisation a été décrite au chapitre 8. Rappelons qu’il est nécessaire de disposer d’un :



L’abord musculaire doit être poussé plus loin que pour la chirurgie conventionnelle (cf. chapitre 9) : en effet le lieu de l’amarrage scléral se trouvera inévitablement en arrière de la limite antérieure du foramen musculaire (située en moyenne à 9 mm de l’insertion sclérale du droit médial). Le muscle doit donc être dégagé plus loin en arrière sur une distance de quelques millimètres, selon la distance prévue pour la myopexie et selon qu’un recul musculaire lui est associé ou non :






Ancrage marginal (figure 10.11)


L’ancrage marginal est une variante de la technique originelle, proposée dès 1975 par de Decker et Conrad [33] ; il consiste à fixer le muscle au niveau de ses tiers latéraux. Cette variante est une simplification, puisqu’elle dispense de désinsérer le muscle s’il n’est pas nécessaire d’associer un recul à la myopexie. La plupart des opérateurs l’ont adoptée (figuresc 10.10B et C).



Le point où l’amarrage scléral doit être placé est repéré sur la sclère le long de chacun des bords du muscle à l’aide du marqueur d’Amsler ou d’une spatule graduée. Ce faisant, il faut veiller à maintenir le muscle dans sa disposition anatomique normale, c’est-à-dire éviter de le décaler latéralement et de modifier son étalement normal (figure 10.11A).


Le fil 5/0 non résorbable est passé dans la sclère, successivement d’un côté, puis de l’autre, à partir de la marque en direction du muscle et perpendiculairement à lui, sur une longueur d’environ 3 à 4 mm, le bord du muscle étant soulevé à l’aide d’un petit crochet droit.



Le fil est ensuite passé à travers toute l’épaisseur du muscle, de sa face profonde à sa surface, au tiers ou aux deux cinquièmes de sa largeur. Certains préfèrent assurer la fixation par deux ou trois passages du fil à travers le muscle et la sclère de chaque côté ; en fait, c’est la longueur des passages scléraux qui va assurer la solidité de la fixation.



Les fils sont enfin noués ; pour cela l’opérateur a le choix entre :



Le serrage des nœuds doit être modéré ; les sutures ne doivent jamais étrangler le muscle, sans pour autant être lâches. Les fils sont coupés à 2 mm des nœuds, pour que ceux-ci ne puissent se défaire. La solidité de l’ancrage est vérifiée à l’aide d’un petit crochet droit glissé de chaque côté sous le muscle.


Les fils entraînent volontiers le tissu périscléral et/ou ténonien ; ce tissu doit être impérativement dégagé une fois que les sutures sont en place.


Lorsqu’un recul doit être associé à la myopexie, les fils de celle-ci sont laissés en attente dans la sclère ; ils ne sont passés dans le muscle et noués qu’une fois le recul effectué (figure 10.11B).



Ancrage par sanglage musculaire selon Quéré et al.


Ayant constaté des cas de sclérose capsulomusculaire extensive lors de réinterventions sur des muscles ayant été préalablement amarrés selon la technique précédente, Quéré et ses collaborateurs ont été amenés à proposer une variante technique de myopexie, le sanglage rétro-équatorial passant d’une part en dessous du muscle, en étant partiellement faufilée dans la sclère, et d’autre part au-dessus de lui (figure 10.10D) [34] : « Le sanglage est réalisé au moyen d’un fil non résorbable 5/0. Il comporte deux passages scléraux symétriques par rapport au corps musculaire. Chaque passage débute à 2 mm en dehors du muscle et faufile la sclère sur 4 à 5 mm entre la vortiqueuse et le trajet radiaire de l’artère ciliaire longue postérieure vue par transparence. Il est important de commencer ce passage du fil à distance du muscle afin d’éviter de le ramasser au moment du serrage, et de faire un faufilage assez long pour empêcher une action d’indentation du fil. (…) Cela effectué, on noue le fil au-dessus du corps musculaire… [par une] double clé qui coulisse à volonté ; [celle-ci] permet de doser la tension du serrage à un niveau modéré, mais suffisant. Si un recul musculaire est nécessaire [il est pratiqué après la mise en place du fil, mais avant le serrage de la sangle]. » [34]

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May 4, 2017 | Posted by in CHIRURGIE | Comments Off on 10: Opérer les muscles droits: les techniques de base

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