17: Récepteurs et médiateurs

17 Récepteurs et médiateurs



Ce chapitre est une introduction à la signalisation cellulaire, branche de la biologie cellulaire qui s’intéresse aux mécanismes d’échanges de signaux entre les cellules. Cela nécessite des molécules qui transmettent les signaux, les premiers messagers qui sont de différente nature, et d’autres molécules qui reçoivent ce premier signal, les récepteurs, qui sont des protéines membranaires ou cytoplasmiques. La liaison du signal sur son récepteur engendre toute une série de réactions intracellulaires qui mènent à des effets cellulaires particuliers, par exemple sur la croissance, la différenciation ou encore la motilité des cellules. Le plus souvent ces réactions cellulaires mettent en jeu de nombreuses protéines, dites de la signalisation, ainsi que des petites molécules qui apparaissent comme des seconds messagers ou des médiateurs. Avant de faire l’inventaire des récepteurs, médiateurs et autres protéines de la signalisation, nous verrons les méthodes d’étude de la liaison du premier messager sur son récepteur et des effets induits.



I Introduction à la signalisation cellulaire



A Définitions


Récepteur : molécule présentant la propriété de transmettre un message (ou signal) suite à la liaison spécifique du premier messager ; le récepteur réceptionne le signal et transmet le message. Il est de nature protéique, soit c’est une protéine membranaire (souvent oligomérique, un dimère par exemple), on parle alors de récepteur membranaire, soit c’est une protéine soluble dans le cytosol, et on parle de récepteur cytoplasmique.


Transduction des signaux : le récepteur, activé par la liaison du messager, va à son tour activer des molécules intracellulaires, que l’on appelle des transducteurs ; en font partie les médiateurs et de nombreuses protéines de la signalisation, c’est la transduction des signaux. La phase finale, dite effectrice, mène aux effets cellulaires induits spécifiquement, c’est la réponse biologique spécifique à la reconnaissance du récepteur par le signal initial (fig.17.1).



Signaux et messagers primaires : les récepteurs membranaires vont lier les signaux (ou premiers messagers) hydrophiles, solubles dans la phase aqueuse extracellulaire, il s’agit de peptides, de petites protéines ou d’amines biologiques. Les récepteurs cytoplasmiques ne lient que les molécules capables de traverser la membrane plasmique de nature lipidique, c’est-à-dire des messagers hydrophobes (ou lipophiles), comme les hormones stéroïdiennes et certaines vitamines solubles dans les graisses (fig.17.2).




B Origine des signaux


Les signaux endocrines : sont émis par des cellules qui sont éloignées des cellules cibles porteuses du récepteur spécifique. En particulier, un système sanguin véhicule le signal (souvent une hormone) du système émetteur (le tissu sécréteur de l’hormone ou organe endocrine) au système receveur (le tissu cible de l’hormone) (fig.17.3). Si c’est une hormone peptidique, elle sera normalement soluble dans le plasma sanguin et se fixera sur son récepteur membranaire dans le tissu cible. Si l’hormone est hydrophobe, elle sera transportée dans le plasma par une protéine dite de transport, souvent spécifique ; l’hormone passera la membrane plasmique de la cellule cible pour se fixer sur son récepteur cytoplasmique. L’activation de ce récepteur par l’hormone va induire sa migration dans la matrice nucléaire en passant à travers les pores nucléaires ; pour cette raison, on les appelle aussi récepteurs nucléaires.



Les signaux paracrines : sont émis par des cellules qui sont voisines des cellules cibles porteuses du récepteur spécifique, ou d’une cellule nerveuse vers sa cellule cible ; dans le premier cas le messager est chimique (hydrophile ou lipophile), dans le deuxième cas il est électrique, c’est le modèle de la réception synaptique (neurotransmission).


Les signaux autocrines : sont émis par les mêmes cellules qui les reçoivent ; cela correspond à une autorégulation entre cellules voisines de même type. La transmission du signal peut être contact dépendante.



C Mécanismes d’activation et de régulation


Deux grands types de mécanismes gouvernent l’activation des molécules de la transduction du signal, la voie du calcium et la phosphorylation. La première est très particulière car l’ion Ca2+ est à la fois le second messager et le transducteur ; il active directement des protéines effectrices. La seconde est beaucoup plus élaborée avec parfois la formation de cascades de phosphorylations incriminant jusqu’à une dizaine de protéines transducteurs. Les phosphorylations sont catalysées par des kinases et les déphosphorylations par des phosphatases, ce sont toutes des phosphotransférases. De nombreux mécanismes de la transduction du signal et de sa régulation passent par des jeux d’activation et d’inhibition de protéines par ces kinases et phosphatases. La phosphorylation peut être activatrice pour une protéine et inhibitrice pour une autre. La phosphorylation est une modification post-traductionnelle des protéines ; elle se fait par l’ATP (donneur universel de phosphate), sans apport extérieur d’énergie :



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Les résidus cibles des kinases sont :



On parle de Ser/Thr-kinases, de Tyr-kinases et d’His-kinases selon le résidu cible phosphorylé.


Pour certains types de récepteurs membranaires, après fixation du messager et transduction du signal, le récepteur est endocyté pour être dégradé dans le lysosome ou recyclé à la membrane, donc sans dégradation dans les lysosomes (fig.17.4). Il pourra de nouveau fixer une molécule du messager et transmettre le message. C’est un mécanisme de régulation en boucle.




D Méthodes d’étude des récepteurs





3 Études de liaison





c Approche de Scatchard


Par linéarisation mathématique de l’isotherme de Langmuir (fig.17.6B), détermination facile de Bmax et KD ; Bmax = nR0 (nombre n de sites unitaires R0) ou Rt (nombre des sites totaux).







e Mesure de B et L par dialyse à l’équilibre


Les compartiments A et B sont séparés par une membrane semi-perméable, seul L peut diffuser librement (fig.17.8). Prenons l’exemple de la liaison du bis-phosphoglycérate marqué au phosphore 32 (32P-BPG) sur l’hémoglobine (Hb) ; l’Hb est placée en solution dans le compartiment A, et le 32P-BPG en solution dans le compartiment B. Le 32P-BPG diffuse librement à travers la membrane qui sépare les deux compartiments, alors que l’Hb n’en est pas capable. Le 32P-BPG se lie sur l’Hb en fonction du KD, et à l’équilibre se trouve dans A et B. On mesure la radioactivité dans A et B, dans B directement puisque le 32P-BPG est en solution libre, mais après séparation du lié et du libre (ex. : par centrifugation) dans le compartiment A, puisque le 32P-BPG se trouve sous les deux formes (lié et libre). Comme, à l’équilibre, il a autant de 32P-BPG libre dans A et B, le 32P-BPG lié est la quantité de radioactivité mesurée dans A moins celle mesurée dans B ; et pour réaliser la représentation de Scatchard, on fait :




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Jun 29, 2017 | Posted by in GÉNÉRAL | Comments Off on 17: Récepteurs et médiateurs

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