11: Rétine et épithélium pigmentaire

Chapitre 11 Rétine et épithélium pigmentaire



Topographie


La rétine et l’épithélium pigmentaire rétinien (EPR) forment deux couches distinctes qui délimitent les deux tiers internes du globe :



En avant, l’EPR se confond avec l’épithélium pigmentaire ciliaire alors que la rétine se confond avec l’épithélium ciliaire non pigmenté. En arrière, l’EPR se termine au niveau du nerf optique, juste avant la fin de la membrane de Bruch. La couche nucléaire, celle des photorécepteurs et la couche des synapses de la rétine diminuent régulièrement d’épaisseur jusqu’à la tête du nerf optique, où seule la couche des fibres optiques se poursuit pour former le nerf optique. Voir la Section 12 du BCSC, Retina and Vitreous (Rétine et vitré), pour plus de renseignements.



Rétine neurosensorielle


La topographie de la rétine est variable selon les régions tant au niveau de la structure des neurones que de la vascularisation. La rétine neurosensorielle possède 9 couches (fig. 11-1). En partant du vitré et en progressant vers la choroïde, on retrouve :




La disposition des couches de la rétine (dans une coupe orientée perpendiculairement à la rétine) est verticale, des couches externes vers les couches internes, à l’exception de la couche des fibres optiques, où les axones se dirigent horizontalement vers le nerf optique. De ce fait, les dépôts et les hémorragies dans les couches profondes de la rétine, lorsqu’ils sont vus sur la tranche, ont une apparence ronde cliniquement alors que, dans la couche des fibres optiques, ils ont une forme de plume.


La vascularisation de la rétine provient de deux sources, avec une ligne de partage dans la couche nucléaire interne. La circulation rétinienne vascularise la couche des fibres optiques, la couche ganglionnaire, la plexiforme interne et les deux tiers internes de la couche nucléaire interne. La vascularisation choroïdienne prend en charge le tiers interne de la couche nucléaire interne, la plexiforme externe, la couche nucléaire externe, les photorécepteurs et l’EPR. En raison de cette origine différente de la vascularisation de la rétine, les lésions vasculaires ischémiques de la choroïde et de la rétine produisent différentes lésions histologiques. L’ischémie de la rétine (via la circulation rétinienne) produit une atrophie interne de la rétine (voir fig. 11-13), alors que l’ischémie choroïdienne produit une atrophie des couches externes de la rétine (voir fig. 11-12).


Sur le plan histologique, le terme de macula fait référence à la portion de rétine où la couche des cellules ganglionnaires est plus épaisse qu’une seule couche monocellulaire (fig. 11-2). Cliniquement, cette zone correspond approximativement à la rétine entourée par les arcades vasculaires supérieure et inférieure. La macula est subdivisée en fovéola, fovéa, parafovéa et périfovéa. Seules les cellules photoréceptrices apparaissent au centre de la fovéola ; les cellules ganglionnaires, les autres cellules nucléées (y compris les cellules de Müller) et les vaisseaux y sont absents. La concentration de cônes est plus importante dans la macula que dans le reste de la rétine et seuls les cônes sont présents au niveau de la fovéa.



Les fibres optiques dans la couche plexiforme externe (couche des fibres nerveuses de Henle) de la macula se dirigent obliquement (fig. 11-2A). Cette caractéristique morphologique explique l’apparence en pétale de fleur de l’œdème maculaire cystoïde observée en angiographie à la fluorescéine. Le pigment xanthophyle donne à la macula son aspect jaune cliniquement (macula lutéa), mais le pigment xanthophyle se dissout pendant la préparation des coupes histologiques et n’est pas présent sur ces coupes.




Anomalies congénitales



Albinisme


Albinisme est un terme général qui fait référence à une diminution congénitale de la pigmentation cutanée et des yeux, ou des yeux seuls. Cette maladie résulte de mutations génétiques induisant des anomalies dans la biosynthèse de la mélanine. Le vrai albinisme a été subdivisé en albinisme oculocutané et albinisme oculaire. Cette distinction est assez utile en clinique, mais en réalité tous les albinismes oculaires ont un certain degré d’atteinte cutanée. Il y a une différence physiopathologique entre les deux types. Dans l’albinisme oculocutané, la transmission est autosomique récessive et la quantité de mélanine dans chaque mélanosome est réduite, alors que l’albinisme oculaire est généralement récessif lié à l’X, et c’est le nombre de mélanosomes qui est ici réduit (fig. 11-3). Voir la Section 6 du BCSC, Pediatric Ophthalmology and Strabismus (Ophtalmologie pédiatrique et strabisme), et la Section 12, Retina and Vitreous (Rétine et vitré) pour plus de détails.






Hypertrophie congénitale de l’EPR


L’hypertrophie congénitale de l’EPR est une lésion congénitale assez courante, caractérisée par une lésion très pigmentée, plate, de taille variant de quelques millimètres à un peu moins de 10 mm de diamètre (voir chapitre 17, fig. 17-10). Fréquemment, une lacune centrale et une zone périphérique de pigmentation moins dense apparaissent au sein de la lésion. La lésion est caractérisée en histologie par des cellules de l’EPR élargies, des granules de mélanine sphériques densément regroupées et plus grandes que la normale (fig. 11-5). Cette lésion congénitale bénigne est généralement facile à distinguer d’un nævus choroïdien ou d’un mélanome sur le simple aspect ophtalmoscopique. Un adénome ou un adénocarcinome de l’EPR peut se développer, dans de très rares cas, sur des zones d’hyperplasie de l’EPR. Des lésions ressemblant à des hyperplasies de l’EPR peuvent être présentes dans le syndrome de Gardner, ou l’adénomatose poplypoïde familiale. L’étude histologique des anomalies de l’EPR dans le syndrome de Gardner montre que celles-ci sont plus des hyperplasies de l’EPR que des hypertrophies. Les modifications de l’EPR dans le syndrome de Gardner sont plutôt à définir comme des hamartomes, en lien avec la perte de régulation du contrôle de la croissance cellulaire qui fait le lit des autres atteintes des parties molles dans ce syndrome.



Traboulsi EI. Ocular manifestations of familial adenomatous polyposis (Gardner syndrome). Ophthalmol Clin North Am. 2005 ; 18(1) : 163–166.



Inflammations



Inflammations infectieuses



Virus


De nombreux virus peuvent entraîner des infections de la rétine, incluant les virus de la rougeole, de la rubéole, le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), l’herpès simplex virus (HSV), le virus varicelle-zona (VZV) et le cytomégalovirus (CMV). Les deux principales présentations cliniques des infections virales rétiniennes sont le syndrome de nécrose rétinienne aiguë (ou ARN syndrome) et la rétinite à CMV.


La nécrose rétinienne aiguë est une rétinite nécrosante rapidement progressive liée à l’infection par le HSV de type 1 ou 2, le VZV et, dans des cas plus rares, le CMV. L’ARN syndrome peut survenir chez des personnes sans maladie particulière ou chez des personnes immunodéprimées. L’examen histologique montre une inflammation dans le vitré et la chambre antérieure, avec une vascularite occlusive majeure et une nécrose de la rétine (fig. 11-6A). La microscopie électronique montre la présence d’inclusions virales dans les cellules rétiniennes (fig. 11-6B). La polymerase chain reaction (PCR ; réaction de polymérisation en chaîne) du vitré ou de l’humeur aqueuse peut être utilisée pour rapidement identifier la nature virale de l’infection sans recourir à d’autres techniques diagnostiques comme la culture virale, l’analyse des anticorps intraoculaires ou l’immunohistochimie.



La rétinite à CMV est une infection opportuniste qui survient chez des sujets immunodéprimés, en particulier chez les patients atteints de sida (fig. 11-7). Cette infection est caractérisée histologiquement par une nécrose de la rétine qui conduit à une fine cicatrice fibrogliale en cicatrisant. Les lésions aiguës montrent de grands neurones (20 à 30 μm) qui contiennent de grandes inclusions intranucléaires ou intracytoplasmiques éosinophiles. Au niveau cellulaire, le CMV peut infecter les cellules de l’endothélium vasculaire, les neurones de la rétine et les macrophages.




Bactéries


Voir la discussion sur l’endophtalmie au chapitre 10 et la Section 9 du BCSC, Intraocular Inflammation and Uveitis (Inflammation intraoculaire et uvéite).




Toxoplasmose


La toxoplasmose oculaire est l’infection rétinienne la plus fréquente. Elle peut survenir à la suite d’une réactivation d’une infection congénitale ou résulter d’une infection acquise par le parasite Toxoplasma gondii chez des sujets en bonne santé ou immunodéprimés. Chez les personnes présentant une rechute par réactivation, la toxoplasmose se présente en général comme une uvéite postérieure ou une panuvéite avec une hyalite marquée et un foyer rétinochoroïdien au voisinage d’une cicatrice pigmentée. L’absence de cicatrice préexistante suggère une infection récemment acquise. L’examen microscopique d’une choriorétinite toxoplasmique retrouve une nécrose de la rétine, avec un infiltrat majeur de neutrophiles et de lymphocytes, et des parasites Toxoplasma sous forme de kystes ou de tachyzoïtes (fig. 11-9). Il y a généralement une infiltration lymphocytaire importante du vitré et du segment antérieur et, assez fréquemment, une inflammation granulomateuse dans la choroïde interne. La guérison permet une disparition de l’infiltrat inflammatoire avec un enkystement du parasite dans la rétine adjacente à la cicatrice choriorétinienne.





Maladies dégénératives




Dégénérescence palissadique


La dégénérescence palissadique de la rétine (lattice degeneration) est une affection parfois familiale (fig. 11-11). On la retrouve chez plus de 10 % de la population générale, mais seul un petit nombre de personnes vont développer un décollement de rétine. À l’inverse, la dégénérescence palissadique est retrouvée dans plus de 40 % de l’ensemble des décollements de rétine rhegmatogènes. Les principaux aspects histologiques de cette affection sont :




De fait, des trous atrophiques se développent souvent au centre de la lésion. Ils sont rarement la cause d’un décollement de la rétine car le vitré est liquéfié en regard de la zone de palissade et donc n’exerce pas de traction. Le décollement de rétine associé à la palissade est plutôt lié à l’adhérence du vitré sur les bords de la palissade, provoquant une déchirure rétinienne et un décollement de rétine. La dégénérescence palissadique radiaire a le même aspect histologique, mais survient plus en postérieur le long d’un trajet vasculaire.




Ischémie


Les causes d’ischémie rétinienne sont nombreuses, telles que le diabète, l’occlusion d’artères ou de veines rétiniennes, la rétinopathie radique, la rétinopathie des prématurés, la drépanocytose, les vascularites, l’occlusion des carotides. Les aspects spécifiques de ces différentes atteintes seront abordés plus loin dans ce chapitre. Cependant, certains aspects histopathologiques sont communs à toutes ces affections qui induisent une ischémie de la rétine. Les modifications rétiniennes qui surviennent en cas d’ischémie rétinienne peuvent être divisées en réponses cellulaires et réponses vasculaires.



Réponses cellulaires


Les neurones de la rétine sont très actifs sur le plan métabolique, ce qui demande de base, par gramme de tissus, un taux élevé d’oxygène pour produire de l’ATP (adénosine triphosphate) (voir aussi la Section 2 du BCSC : Fundamentals and Principles of Ophthalmology [Principes et fondements de l’ophtalmologie], partie IV, « Biochimie et métabolisme »). Cela les rend très sensibles à toute interruption du flux sanguin. Lors d’une hypoxie prolongée (plus de 90 minutes selon les études expérimentales), les cellules neuronales deviennent pycnotiques ; elles sont rapidement phagocytées et disparaissent. L’étendue et la localisation de la zone de rétine atrophique résultant de l’ischémie dépendent de la taille du vaisseau occlus et si c’est un vaisseau rétinien ou choroïdien. Comme décrit plus haut, la vascularisation de la rétine est assurée pour la partie externe par la choroïde et pour la partie interne par la rétine. L’occlusion des artères induit une atrophie de la partie interne de la rétine (fig. 11-13). L’occlusion de la circulation choroïdienne induit, quant à elle, une atrophie de l’EPR et de la rétine externe (fig. 11-14).




Les neurones de la rétine n’ont aucune capacité de régénération après une ischémie. Après une ischémie des fibres nerveuses des cellules ganglionnaires, des corps cystoïdes (gonflement des axones) deviennent apparents histologiquement (fig. 11-15). Ceux-ci sont associés à une accumulation de matériel axoplasmique présent dans les ischémies des fibres optiques. Les nodules cotonneux sont cliniquement corrélés à une ischémie de la couche des fibres optiques et disparaissent spontanément en 4 à 12 semaines, laissant une zone d’atrophie ischémique interne.


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May 3, 2017 | Posted by in GÉNÉRAL | Comments Off on 11: Rétine et épithélium pigmentaire

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