11: Artéfacts en imagerie par résonance magnétique

Chapitre 11 Artéfacts en imagerie par résonance magnétique



L’imagerie par résonance magnétique, par sa nature même, liée au mode d’acquisition et de reconstruction de l’image, n’échappe pas à la règle générale que chaque nouvelle méthode d’imagerie apporte inéluctablement son lot de fausses images. Ces artéfacts peuvent déformer l’image anatomique réelle ou simuler un processus pathologique. La compréhension de leur origine permet d’éviter des erreurs d’interprétation, d’améliorer la qualité de l’image et, par conséquent, d’optimiser le rendement clinique de la technique.


Nous présentons dans ce chapitre les artéfacts les plus fréquemment rencontrés en pratique quotidienne, et nous discutons de leur mécanisme et des moyens pour les minimiser ou les éviter. Enfin, nous montrons que, dans quelques cas, les particularités liées à certains artéfacts peuvent paradoxalement être d’un intérêt diagnostique. Nous nous devons cependant d’avertir le lecteur que le mécanisme (même grossièrement simplifié) de certains artéfacts est difficile à comprendre (nécessitant une bonne assimilation des chapitres précédents). Fort heureusement, la plupart des artéfacts sont plus faciles à reconnaître qu’à comprendre et nous donnons, en fin de chapitre, un condensé des notions importantes à retenir. Les artéfacts dus à des déficiences du système ne seront pas envisagés.


Les principaux artéfacts comprennent :





Artéfacts métalliques


La présence de matériel ferromagnétique s’accompagne de distorsions locales du champ magnétique entraînant une zone de vide de signal avec en périphérie un renforcement du signal et une déformation de l’image dont l’aspect est en général caractéristique. C’est la raison pour laquelle tout matériel ferromagnétique externe (bijoux, montre, dentier, soutien-gorge, ceinture, pantalon avec boutons ou fermeture Éclair en métal, etc.) doit être retiré au patient avant l’examen. De même, il faut s’enquérir de la présence de corps étrangers métalliques, en particulier intra-oculaires, qui constituent alors une contre-indication à l’examen (risque de migration). Les implants métalliques [clips chirurgicaux, valve de dérivation (fig. 11-1), prothèse dentaire fixe (fig. 11-2), dent à pivot, prothèse métallique, etc.], s’ils sont ferromagnétiques et proches de la région d’intérêt, peuvent rendre l’examen inexploitable. Lorsqu’ils sont volumineux, la qualité de l’image se dégrade encore davantage, l’accord de l’antenne étant perturbé par la présence du métal. Les fards à paupière (à base de pigments ferromagnétiques) sont responsables de déformations de la région oculaire (fig. 11-3). De même, les forages chirurgicaux laissent en place de petits débris métalliques microscopiques (invisibles en radiologie conventionnelle), responsables d’artéfacts. Citons encore les matériaux non ferromagnétiques qui créent de discrets liserés en hypersignal (plus ou moins marqués en fonction de la forme de l’objet en question). Les bijoux appartiennent plutôt à cette seconde catégorie.





Les artéfacts métalliques sont plus prononcés sur les appareils à haut champ. Il n’y a pas de véritable remède pour les éviter si ce n’est l’utilisation préférentielle de séquences en écho de spin plutôt qu’en écho de gradient, ces dernières étant plus sensibles aux hétérogénéités de champ. En effet, les séquences d’écho de gradient ne comportent pas d’impulsion de 180° permettant, justement, de s’affranchir des inhomogénéités du champ magnétique (voirChapitre 4). Dans le même ordre d’idées, les séquences d’écho de spin rapide, comprenant de nombreuses impulsions RF de 180°, sont encore plus efficaces pour corriger ces artéfacts que les séquences d’écho de spin (fig. 11-4).



L’utilisation de matériel chirurgical non ferromagnétique (titane, platine, aluminium, etc.) reste la solution la plus satisfaisante pour diminuer les artéfacts.



Artéfacts de mouvements


Les artéfacts de mouvements font partie des artéfacts les plus fréquemment rencontrés. Les mouvements du patient sont source de dégradation de l’image, réservant cette technique d’acquisition relativement longue aux patients pouvant rester strictement immobiles durant toutes les séquences d’imagerie. Pour les jeunes patients, en IRM pédiatrique (surtout entre 1 et 7 ans), une bonne sédation est un prérequis obligatoire. Les mouvements physiologiques (respiration et péristaltisme intestinal) sont surtout gênants pour l’imagerie abdominale. Au niveau thoracique, l’introduction de la synchronisation à l’ECG a été à l’origine de l’essor rapide et constant de l’IRM cardiaque.


Les artéfacts de mouvements sont plus prononcés à hauts champs et dans les séquences longues (c’est-à-dire à TR long).


Pendant le déroulement d’une séquence d’IRM, l’acquisition des données n’est pas instantanée. L’échantillonnage en phase (d’une durée correspondant à environ un TR) est beaucoup plus long que celui en fréquence (quelques millisecondes, d’où un déplacement des spins de moins d’un pixel). Ainsi, les mouvements perturbent essentiellement l’échantillonnage en phase et les artéfacts se produisent surtout le long de cet axe.



Mécanismes des artéfacts de mouvements et solutions


Les mouvements peuvent affecter l’image de deux façons :





L’origine de ces artéfacts fantômes fait appel à deux mécanismes de base :





Cette correction est satisfaisante pour les spins stationnaires (correction par Gd+ des décalages de phases induits par Gd–), mais incomplète pour les spins en mouvement : les spins se déplaçant durant l’application des gradients, la «compensation» par gradient bipolaire ne peut avoir lieu; il persiste alors des décalages de phase se traduisant par des images fantômes dans la direction du codage de phase (voir gradient de compensation de flux, de mouvement – Chapitre 10).


Les artéfacts liés au premier mécanisme (s’il s’agit d’un mouvement physiologique périodique) peuvent être éliminés de plusieurs manières :


par synchronisation du mouvement à l’acquisition des données (le mouvement et donc les données apparaissent «apériodiques»); cette méthode, appelée «gating», est largement utilisée en imagerie cardiaque et offre des images de qualité anatomique exceptionnelle; en corollaire de la synchronisation à l’ECG, le TR ne peut être choisi librement mais doit être un multiple de l’intervalle R-R de l’ECG (voirChapitre 14). Une synchronisation respiratoire est également possible mais, du fait de la fréquence beaucoup plus lente du cycle respiratoire, la durée d’acquisition est majorée. Une autre technique couramment utilisée est la synchronisation sur le mouvement du diaphragme; cette méthode connue sous l’appellation de «technique de l’écho navigateur» (Navigator – General Electric; MotionTrak – Philips; PACE – Siemens; etc.) consiste à placer une zone de détection du signal au niveau du diaphragme sur les images de repérage (fig. 11-7). Les modifications d’intensité de signal le long de cette «boîte» permettent de déterminer la position de la coupole diaphragmatique droite et, par conséquent, de synchroniser les acquisitions par rapport à cette position (voirChapitre 14);

par la réduction du temps d’imagerie (par rapport à la fréquence du mouvement physiologique); les séquences d’écho de gradient ou d’écho de spin rapide permettent ainsi de réaliser des images abdominales en apnée (10 à 30 secondes environ), et les séquences d’imagerie instantanées (Snapshot flash, Écho-planar, Haste – voirChapitres 9 et 14), de «geler» le cycle cardiaque; toutefois, le rapport signal sur bruit est sérieusement diminué. De plus, l’utilisation des techniques d’acquisitions parallèles permet encore de réduire les temps d’acquisition et, en particulier, les temps d’apnée;




Les artéfacts résultant du deuxième mécanisme sont plus difficiles à corriger car le degré de mouvement – et donc les décalages de phase induits – ne sont pas les mêmes d’une ligne à l’autre de l’image (sauf si une synchronisation est utilisée). Cependant, un certain nombre de solutions se présentent à l’opérateur :



les gradients de compensation de mouvement : il s’agit d’une modification des gradients de sélection de coupe et de lecture qui permet de compenser les décalages de phase induits notamment par les flux (voirChapitre 10); ces séquences ont pour corollaire un allongement de leur TE minimal par rapport aux séquences classiques (ce qui risque à nouveau d’augmenter les artéfacts de mouvements !);

l’augmentation du nombre d’excitations (Nex) : elle ne supprime pas les images fantômes mais permet de diminuer leur intensité (en image comme pour le bruit de fond de l’image, par effet de «moyennage»)1 et de les espacer en les «chassant» du champ de vue; mais, la durée d’acquisition étant proportionnelle au nombre d’excitations (Tac = TR × Np × Nex), cette solution était, jusqu’à récemment, limitée aux séquences courtes (pondérées en image, séquences en écho de gradient ou, surtout, avec matrice asymétrique); néanmoins, grâce à l’avènement des techniques d’acquisitions parallèles, qui permettent de réduire les temps d’acquisition (voirChapitre 9), cette solution devient tout à fait crédible; enfin, l’espacement des «fantômes» étant aussi proportionnel au TR, une augmentation de ce dernier permet également de les projeter en dehors de la zone d’intérêt avec pour conséquence une augmentation du temps d’acquisition mais aussi une modification du contraste de l’image (voirfig. 11-6);






Artéfacts liés aux phénomènes de flux


Le flux pulsatile du sang ou du liquide céphalorachidien engendre des artéfacts divers (dans la direction du codage de phase) dont l’intensité est variable en fonction de la prépondérance des effets de temps de vol ou de déphasage (voirChapitre 10).


Ils prennent souvent la forme d’images fantômes (comme pour les artéfacts de mouvements) dans la direction du codage de phase : «fantômes de renforcement» (hyperintenses) ou «fantômes d’annulation» (hypointenses).


Ils sont souvent plus marqués sur les séquences d’écho de gradient où, par rehaussement paradoxal (arrivée de sang non saturé), la lumière des vaisseaux est le siège d’un signal parfois très élevé.


Ces artéfacts de flux sont couramment rencontrés en projection des 3e et 4e ventricules, des siphons carotidiens et du tronc basilaire. On les rencontre souvent aussi dans les explorations abdominales, en regard de l’aorte et de la veine cave inférieure (fig. 11-11 et voirfig. 11-14).




Au niveau du genou, on peut se trouver gêné par des artéfacts de flux sur les coupes passant par les vaisseaux poplités (fig. 11-12).



On peut constater la visualisation d’artéfacts équivalents après une injection intraveineuse de gadolinium. En effet, après son administration, on note parfois une prise de contraste persistante dans les vaisseaux à circulation lente (veines), d’où l’apparition d’images fantômes dans le sens du gradient de codage de phase (fig. 11-13).



Différents moyens permettent de diminuer les images fantômes liées au flux :









Artéfacts de troncature


Les artéfacts de troncature (également appelés phénomène de Gibbs) prennent leur origine au niveau des interfaces présentant une zone de transition abrupte de signal (exemple graisse/muscle ou LCR/moelle). Ils apparaissent sous forme de bandes périodiques d’intensité faible et élevée (striations) parallèles à la zone de variation brutale de signal; la périodicité des striations (distance entre les bandes) est liée à la taille de la matrice (résolution spatiale). Leur mécanisme est lié au principe même de reconstruction de l’image : en effet, en IRM, l’image est reconstruite par analyse de Fourier impliquant que des formes fort complexes sont obtenues par une combinaison d’ondes sinusoïdales (fig. 11-16).


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Jun 17, 2017 | Posted by in GÉNÉRAL | Comments Off on 11: Artéfacts en imagerie par résonance magnétique

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