7 Fractures du col du fémur : arthroplastie
La prise en charge des fractures déplacées du col du fémur par arthroplastie soulève un intérêt grandissant1. Dans la mesure où la réduction et l’ostéosynthèse des fractures déplacées du col du fémur s’accompagnent de suites incertaines, un nombre croissant de chirurgiens se tournent vers l’arthroplastie. Cette technique plus fiable apporterait un taux de satisfaction plus important et un taux de reprise chirurgicale plus faible2. En cas de fracture du col du fémur, l’arthroplastie semble cependant être une technique chirurgicale plus compliquée qu’une réduction et ostéosynthèse. C’est pourquoi une attention particulière à chaque détail est nécessaire afin d’obtenir le succès de cette intervention3.
Indications
L’arthroplastie est indiquée en cas de fracture intracapsulaire déplacée du col du fémur. Chez des patients âgés ostéoporotiques, il s’agit d’une indication de choix4. Le choix entre une prothèse unipolaire ou bipolaire et une prothèse totale de hanche s’effectue en fonction du niveau d’activité préopératoire du patient et de la présence d’une arthrose de hanche préopératoire symptomatique. En règle générale, les patients plus jeunes avec un niveau d’activité plus élevé présenteraient de meilleures suites avec une arthroplastie totale de hanche. La faible augmentation du taux de complication rendrait donc cette procédure acceptable5.
Les techniques d’ostéosynthèse, les indications et les complications sont détaillées dans les autres chapitres.
L’arthroplastie peut être une alternative raisonnable à l’ostéosynthèse chez des patients présentant une fracture très déplacée, particulièrement en cas de comminution importante ou d’ostéoporose significative. Le choix de l’implant, qu’il soit monopolaire, bipolaire, ou une prothèse totale de hanche, ne doit pas se faire uniquement sur l’âge du patient, mais aussi en tenant compte de l’expérience du chirurgien, de la disponibilité de l’implant et du niveau d’activité du patient6,7. Dans le choix du traitement, le coût de l’implant doit aussi entrer en ligne de compte.
Un remplacement unipolaire ou bipolaire apparaît significativement plus stable qu’une arthroplastie totale de hanche8. Cependant, l’introduction de polyéthylène hautement réticulé a permis d’affiner l’épaisseur du polyéthylène et d’augmenter la taille de la tête fémorale dans les prothèses de hanche. Ces améliorations ont augmenté la stabilité prothétique et diminué le risque de luxation. Le choix entre un implant cimenté et non cimenté dépend largement des préférences du chirurgien. Néanmoins, chez des patients avec une ostéopénie importante, un canal médullaire important, l’utilisation d’une tige cimentée offre plus de sécurité de fixation et la possibilité d’une mise en charge immédiate avec une sécurité en termes de fixation prothétique9. Il est cependant rapporté un faible risque d’embolie systémique en cas d’utilisation de ciment ainsi qu’un allongement de la durée opératoire d’environ 10 minutes lorsque l’on compare aux procédures sans ciment.
La voie d’abord chirurgicale dépend des habitudes du chirurgien10. Nous détaillerons dans ce chapitre une voie d’abord postérieure. Néanmoins, les voies d’abord latérales restent fréquemment utilisées. Elles ont l’avantage de diminuer le taux de luxation, particulièrement chez les patients présentant des épisodes de delirium pré- et postopératoires et de troubles cognitifs. L’inconvénient des voies d’abord latérales serait l’augmentation de la faiblesse des abducteurs du fait de l’abord chirurgical, ce qui augmenterait ou prolongerait les boiteries postopératoires.
Examen clinique
Lors de l’examen clinique, il faut évaluer l’état général du patient pour s’assurer de son opérabilité. Il convient d’examiner le membre lésé avec attention. Cela inclut la réalisation d’un examen neurologique et vasculaire à la recherche d’une lésion nerveuse ou vasculaire. Il faut de plus inspecter la peau à la recherche d’absence de dermabrasions ou d’autres problèmes.
Une attention particulière doit être portée à la fonction du genou, incluant l’étude des amplitudes articulaires et la recherche d’une arthrose préexistante. Les patients atteints d’une raideur importante du genou sont plus à risque de luxation de la hanche, et cela doit être pris en compte lors du choix de l’implant.
Il est tout aussi important de rechercher la présence de maladies neuromusculaires préexistantes, en particulier une maladie de Parkinson ou des antécédents d’accident vasculaire cérébral avec des séquelles d’hémiplégie ou de spasticité. Il est important de connaître le statut cognitif des patients ; en effet, en cas de démence, si les consignes postopératoires en termes d’appui ou de limitation des amplitudes articulaires peuvent ne pas être respectées, cela peut augmenter le risque d’instabilité ou d’échec de la mise en place de l’implant.
Imagerie
Pour ces fractures, des radiographies standard sont suffisantes pour la décision thérapeutique. Il est recommandé d’effectuer une radiographie de la hanche de face et de profil ainsi qu’une radiographie du bassin de face. Ces clichés renseignent sur le type fracturaire et le degré de déplacement. Ils apportent des informations importantes concernant la qualité osseuse et la possibilité d’une arthrose préexistante. Les anomalies de longueur des membres inférieurs sont des problèmes potentiels dans les suites d’une arthroplastie de hanche. Afin de limiter ce risque, il est possible de planifier la hauteur de coupe du col fémoral en se reportant à la hanche saine pouvant être visualisée sur la radiographie du bassin de face (fig. 7-1).
Options thérapeutiques
Lorsque l’ostéosynthèse ne semble pas appropriée, on propose au patient une arthroplastie de hanche. Dans cette indication, l’arthroplastie apparaît être une méthode sûre permettant de restaurer une fonction satisfaisante de la hanche. Comme vu précédemment, le composant fémoral peut être cimenté ou non. Il est généralement reconnu que pour le composant acétabulaire, un acétabulum sans ciment avec polyéthylène apparaît comme être ce qu’il y a de mieux. Ce constat est principalement lié au manque d’expérience des chirurgiens concernant les polyéthylènes cimentés. De plus, l’utilisation d’un composé acétabulaire en métal permet un large choix d’inserts afin de s’adapter à différentes tailles de têtes fémorales. Ce type d’implant autorise aussi d’autres couples de frottement lorsque leur utilisation semble appropriée. Le chirurgien effectue la voie d’abord qui lui est la plus familière. Dans certains cas, la voie d’abord peut être modifiée à cause d’indications spécifiques ou du risque de luxation.
Technique chirurgicale
Anesthésie et installation
Une anesthésie locorégionale est à préférer à une anesthésie générale car elle diminuerait le risque de confusion postopératoire ainsi que l’incidence des thromboses veineuses profondes postopératoires. Le patient est en décubitus latéral. On utilise une table avec des appuis pour maintenir la hanche lésée en bonne position. En avant, la symphyse pubienne et l’épine iliaque antérosupérieure doivent être soutenues ; en arrière, l’articulation sacro-iliaque et la partie supérieure du sacrum doivent être soutenues. L’objectif de l’installation est de maintenir le pelvis perpendiculaire à la table de manière à éviter les erreurs lors de la mise en place du composé acétabulaire dans le cadre de la prothèse totale de hanche.
Un coussin est mis en place entre les jambes du patient maintenant la hanche et le genou controlatéral légèrement fléchis. Le maintien de la partie supérieure du corps est assuré par une bande de sécurité et, si nécessaire, par la mise en place d’un rouleau axillaire. Les appuis doivent être positionnés suffisamment en proximal afin de permettre une flexion complète de la hanche lésée (fig. 7-2).
Exposition du col fémoral et ablation de la tête fémorale
Une incision longitudinale latérale est centrée sur le grand trochanter ; elle est incurvée dans la portion proximale, ou légèrement en postérieur. La longueur totale de l’incision est approximativement de 15 cm. Le fascia lata est incisé en distal dans l’axe du fémur. Les muscles grand fessier et tenseur du fascia lata sont discisés en proximal dans l’axe des fibres musculaires. Afin de limiter les saignements, on doit faire en sorte de séparer les fibres musculaires plutôt que de les couper (fig. 7-3). Les fibres postérieures du muscle moyen fessier sont identifiées, et un écarteur est placé profondément afin de récliner ce muscle en avant et en haut.


Figure 7-3 A. L’exposition initiale du grand trochanter est mise en évidence. Le moyen fessier est écarté par l’écarteur de Hohmann, et la capsule et le tendon du muscle piriforme sont mis en évidence. B. Photographie correspondante.
La bourse trochantérienne doit être incisée ou excisée pour exposer les structures postérieures de l’articulation de la hanche. Un mouvement de rotation externe permet de visualiser un fin amas graisseux qui peut être facilement excisé (fig. 7-4). Le membre inférieur est alors placé en adduction et rotation interne afin de placer les rotateurs externes en tension (fig. 7-5).

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