10: Pathologie du rachis fœtal



Pathologie du rachis fœtal


Ph. Bourgeot, B. Guérin, Y. Robert and C. Chatelet-Cheron


C’est très clairement une préoccupation angoissante pour l’échographiste et l’une des véritables difficultés du diagnostic prénatal, d’autant plus que l’étude du rachis est tributaire de la position et de la présentation fœtale (comme le cœur). La recherche de signes indirects céphaliques et l’utilisation de la voie vaginale permettent d’améliorer les résultats de l’échographie : finalement, la sensibilité du diagnostic échographique de spina bifida serait de 95 %, ce qui est très honorable.


Les anomalies du rachis fœtal sont relativement fréquentes (1/500–600 naissances).


Sur le plan embryologique, il s’agit de malformations se constituant souvent très tôt dans le développement, la fermeture du tube neural s’étalant entre 5 SA et 2 j et 6 SA (entre le 22e et le 28e jour, voir chap. 4), et même encore plus tôt si l’on considère l’importance de l’étape de gastrulation qui démarre vers le 15e jour. Il faut cependant attendre une ossification suffisante pour que l’échographie devienne parlante : dès la 11e–12e SA, il est possible de diagnostiquer une fermeture incomplète du tube neural.


Le spina bifida (dysraphie spinale) est, de très loin, la malformation rachidienne la plus fréquente et il s’agit d’un véritable enjeu de santé publique par :



La reconnaissance précoce des malformations rachidiennes est essentielle car, bien que certaines soient compatibles avec une vie normale, d’autres sont source de handicaps pour la plupart très sévères rendant recevable l’indication d’interruption médicale de grossesse si les parents la demandent.


Le chapitre regroupe :





Anomalies rachidiennes touchant l’axe myélovertébral : dysraphies spinales ou spina bifida


Circonstances de découverte


Il s’agit le plus souvent d’une découverte fortuite lors de l’échographie systématique du 5e mois de grossesse. Plus rarement, le diagnostic est évoqué au 1er trimestre, à partir de 11 SA, et confirmé par une étude par voie vaginale avec éventuellement un contrôle à 2 semaines d’intervalle : tout dépend de l’importance du defect rachidien.


Ailleurs, l’examen est orienté quand il existe des facteurs de risque de non-fermeture du tube neural :



image augmentation de l’α-fœtoprotéine dans le sérum maternel supérieure à 2,5 MoM, lors du test d’évaluation de risque de trisomie 21 au 2e trimestre de grossesse. Il s’agit d’une « retombée » accidentelle positive de la politique de dépistage des dyschromosomies. Actuellement, le dépistage de la trisomie 21 étant conseillé au 1er trimestre, il ne fait plus intervenir le dosage de l’α-fœtoprotéine ce qui risque de retarder le diagnostic d’un spina bifida, petit, distal sur un fœtus dos en arrière, voire même de ne pas le diagnostiquer !


image prise de médicaments, en particulier l’acide valproïque (Dépakine®) en traitement de l’épilepsie qui serait responsable de 2 à 3 % des spina bifida ;


image antécédent d’enfant atteint, le risque de récidive étant de 3 à 5 % ;


image diabète maternel insulino-dépendant ou obésité morbide ;


image terrain de carence en acide folique (alimentation).



Classification, mécanismes, définitions


Le terme « spina bifida » signifie « épine (dorsale) fendue en deux » et on parle aussi parfois de « rachischisis » (exactement la même signification mais étymologie grecque : on peut d’ailleurs écrire rachischizis). Plus généralement, la « dysraphie » désigne une mauvaise fermeture. Tous ces termes recouvrent une séquence malformative de l’axe myélovertébral intéressant, à des degrés variables, ses différents constituants : le canal rachidien, les enveloppes méningées, la moelle épinière et les racines médullaires. Sa localisation est le plus souvent lombaire et/ou sacrée.


Le mécanisme de constitution des dysraphies spinales est théoriquement simple : une stupide histoire de fermeture Éclair qui se coince, « aucun mécanisme tératologique n’est plus simple à comprendre » écrivait B. Duhamel ! En réalité, il s’agit de la perturbation d’une cascade d’événements complexes, qui se succèdent et se chevauchent, sur lesquels tous les embryologistes ne sont pas d’accord, avec, de surcroît, de grandes variations dans le vocabulaire et les définitions selon les écoles, les époques et les pays (fig.10.1 et 10.2).





Étape no 1


Au départ, au début de la 3e semaine (5e SA), il y a un petit embryon de 3 à 4 dixièmes de millimètre, formé d’un simple disque ovalaire, aplati entre les deux vésicules primordiales creusées dans l’œuf : la future cavité amniotique au-dessus et, en dessous, le lécithocèle qui deviendra l’appareil digestif et la vésicule ombilicale. Ce disque est didermique, avec une couche cellulaire formant l’entoblaste recouverte d’une deuxième couche correspondant à l’ectoblaste (voir fig. 10.1a). La gastrulation (15–18e jour) va permettre d’installer une troisième couche entre les deux précédentes : le mésoblaste ou chordomésoblaste. Le long d’un sillon apparu au milieu du disque (la ligne primitive), l’ectoblaste prolifère et s’invagine un peu comme une couverture que l’on glisse entre le matelas et le sommier (voir fig. 10.1b et 10.2a), puis le sillon se referme d’avant en arrière : c’est la première fermeture Éclair. Latéralement, l’invagination donne deux lames latérales de mésoblaste para-axial. Sur la ligne médiane, l’invagination se fait « en doigt de gant » vers l’avant formant un axe mésoblastique central, initialement canalaire : la chorde ou notochorde ou processus notochordal. La notochorde représente l’axe initial, longitudinal, qui induira autour de lui la formation des éléments du squelette axial primitif (corps vertébraux et base du crâne) un peu comme des perles empilées sur un fil. La fin de la ligne primitive produit une structure mésoblastique médiane, transitoirement isolée de la chorde, qui correspond à « l’éminence caudale » à l’origine du névraxe terminal, de l’appendice caudal et du sacrum, mais aussi du périnée primaire par migration du mésoblaste.


Dysraphies de l’étape no 1. Une adhérence anormale entre les deux feuillets primitifs serait à l’origine de dédoublements localisés du tube chordal entraînant les notochordodysraphies. Les Anglo-Saxons regroupent certaines de ces anomalies sous le terme de split notochord syndrome. Les formes majeures peuvent entraîner une fente (schizis) de tout l’axe primitif, y compris du névraxe qui se développe plus tard, mais elles sont habituellement abortives. On peut rencontrer des formes plus ou moins mineures, qui concernent surtout le squelette axial antérieur :



Les notochordodysraphies peuvent s’accompagner d’une perturbation de l’étape suivante de l’embryogenèse, celle de la neurulation, et donc s’associer aux malformations du névraxe.


La chorde est initialement une structure canalaire qui met en contact l’ectoblaste (future plaque neurale) et l’entoblaste (futur appareil digestif). Une persistance de ce canal est à l’origine de fistules et de kystes neuro-entériques au travers de fissures vertébrales (rachischisis antérieur).


On peut rapprocher de ces dysraphies, les perturbations de l’installation du mésoblaste de l’éminence caudale qui aboutissent à une absence ou un « avortement » de l’appendice caudal, à l’origine des diverses manifestations rattachées au syndrome dit de « régression caudale » : anomalies des membres inférieurs allant jusqu’à la fusion (sirénomélie), anomalies vertébrales sacrées et lombaires, anomalies périnéales et urinaires, etc.



Étape no 2


Au fur et à mesure que la chorde s’installe dans l’axe médian, elle induit l’épaississement et la différenciation de l’ectoblaste sus-jacent en tissu nerveux formant la plaque neurale : c’est le début de la neurulation (voir fig. 10.1d et 10.2b). Les bords de la plaque se soulèvent pour former la gouttière neurale, de plus en plus profonde, qui va se fermer (J22–J28) en partant du milieu comme une double fermeture Éclair pour former le tube neural (voir fig. 10.1e et 10.2c). Dans sa partie céphalique, le tube se dilate en une ampoule qui se segmentera en trois vésicules cérébrales. Dans sa partie caudale, la lumière du tube neural se réduit rapidement en un très fin canal épendymaire. Le mésoblaste de l’éminence caudale subit, indépendamment, la neurulation dite secondaire (sans formation d’une plaque neurale) avant de s’unir au canal neural pour produire l’extrémité inférieure de la moelle, et ses enveloppes, dans l’appendice caudal qui régressera en laissant le filum terminale et le segment sacro-coccygien.


Dysraphies de l’étape no 2. Une malfaçon dans la fermeture Éclair entraînera une absence de fermeture (dysraphie ou a-raphie) du tube : c’est le spina bifida aperta (ouvert) ou myélodysraphie ou myélo-araphie (N.B. : au pôle céphalique, ce sera une encéphalo-araphie habituellement appelée anencéphalie, voir chap. 8). La plaque neurale reste ouverte sur une hauteur plus ou moins importante.


Sur le plan anatomique, on retrouve le plus souvent une myéloméningocèle qui représente environ les trois quarts des dysraphies spinales (fig. 10.3b et 10.4a et b, et voir plus loin fig. 10.17f) :


image
Fig. 10.3 Comprendre et classer les spina bifida : quelques formes anatomiques des dysraphies spinales.
a. Canal rachidien en coupe transversale (adulte, d’après Rouvière). E : apophyse épineuse ; LL : lame latérale ; T : apophyse transverse ; CV : corps vertébral.
L’espace péridural (1) est important en arrière, mince en avant, et il contient un tissu cellulo-adipeux assez lâche. La dure-mère (2, en rouge) forme un étui épais qui se prolonge sur les racines nerveuses dans les trous de conjugaison et se fixe au périoste à la sortie. La face interne de la dure-mère est tapissée par l’arachnoïde (en bleu). L’espace sous-arachnoïdien (3) contient le LCR entre l’arachnoïde et la pie-mère (4, en bleu) qui tapisse la surface de la moelle.
b. Myéloméningocèle (voir fig. 10.4a et b et 10.17f).
C’est la forme la plus classique et la plus complète des spina bifida = myélodysraphie, myélo-araphie. C’est une dysraphie ouverte (spina bifida aperta) et c’est une forme kystique (spina bifida cystica) avec un défaut de fermeture de la gouttière neurale qui détermine une aplasie sus-jacente concernant les « endoméninges » (pie-mère et arachnoïde), les « ectoméninges » (dure-mère, arcs vertébraux), le derme et l’épiderme. Le cordon médullaire reste donc ouvert par sa face postérieure et se présente sous la forme de deux bandes de tissu nerveux séparées par un sillon correspondant au fond du canal épendymaire (2) : cette formation est appelée plaque neurale ou parfois « placode » neurale. La plaque neurale est soulevée par une dilatation kystique de l’espace sous-arachnoïdien (1), traversé par les racines nerveuses étirées. En surface, la plaque est seulement couverte par l’épithélium épendymaire et en profondeur par la pie-mère qui se continue avec l’arachnoïde pour délimiter le kyste. En périphérie, on retrouve souvent une « transition » avec une bande d’épiderme indifférencié (3) qui recouvre plus ou moins le bord de la plaque ou l’arachnoïde avant de se poursuivre sur le derme complet.
c. Myélocèle ou spina « plan » (voir fig. 10.4c).
C’est une variante de la dysraphie ouverte (spina bifida aperta) mais il n’y a pas de dilatation kystique de l’espace sous-arachnoïdien (1). Le terme de rachischizis est parfois utilisé par certains auteurs. Il n’y a pas de hernie nerveuse faisant relief mais plutôt une cupule nerveuse. Le spina plan est nettement moins fréquent que la forme kystique, mais, à elles deux, ces malformations représentent 75 % des dysraphies en anténatal.
d. Méningocèle.
C’est une dysraphie ectoméningée (dure-mère et arc vertébral postérieur) qui conduit à la formation d’une hernie purement méningée. Elle représente 15 à 20 % des dysraphies spinales. La couverture cutanée peut être normale ou amincie, sans derme profond. La moelle et les racines normales sont habituellement en place. On observe parfois un déplacement et une ascension du cordon médullaire (∗) dans la hernie ce qui est aussi décrit par certains auteurs comme une myéloméningocèle.
e. Spina bifida occulta.
Les méninges sont normales et seul manque l’arc vertébral postérieur. Le revêtement cutané est intact mais il peut être marqué par une touffe de poils, une fossette (→), un sinus épidermique, un angiome. Moins de 10 % des dysraphies, mais la fréquence est difficile à apprécier car le diagnostic sera fait à un âge très variable selon les manifestations cliniques, et rarement en période anténatale.
f. Myélocystocèle.
Rare. Dilatation kystique (∗) du canal épendymaire, de mécanisme inconnu, qui entraîne une hernie myéloméningée sous-cutanée, avec déhiscence de l’arc postérieur, mais le revêtement cutanéo-muqueux est normal. On parle aussi de syringo-hydromyélie.
g. Spina lipome.
Rare mais non exceptionnel. C’est une forme de lipome intrarachidien avec une extension extrarachidienne postérieure entraînant un spina bifida occulta car il gêne la constitution de l’arc postérieur. Il s’insère habituellement à la face postérieure de la moelle. Ici, il s’agit d’un type II qui englobe les racines nerveuses (→). La peau est normale.
h. Un exemple de notochordodysraphie : kyste neuro-entoblastique(ou neurentérique).
Rare ou très rare. Kyste intradural (1) extramédullaire d’origine entoblastique. Communication (fistule) avec l’appareil digestif à travers une fente vertébrale (2) réalisant un rachischisis antérieur.



image La plaque neurale reste ouverte (au moins partiellement), sans couverture méningée en son centre qui expose la surface épendymaire, et se continue en périphérie d’abord avec une zone d’épiderme fin puis de derme complet. Le cordon médullaire reste donc ouvert par sa face postérieure et se présente sous la forme de deux bandes de tissu nerveux séparées par un sillon correspondant au fond du canal épendymaire (voir fig.10.4a et 10.17f). Une épithélialisation partielle, finement plissée, est aussi souvent présente, dans la partie supérieure ou inférieure du defect car un épiderme indifférencié (dérivé de l’ectoblaste) peut persister alors que le derme lui-même est absent car directement induit par le tube neural (voir fig.10.4a, b et 10.17f).


image La plaque neurale est plus ou moins plissée et très souvent soulevée par la pression du liquide cérébrospinal (LCS) de l’espace sous-arachnoïdien, entraînant une hernie dont le toit est formé en partie par la plaque neurale étirée (voir fig.10.4a) et qui contient les racines nerveuses qui se sont normalement développées à partir des bords de la plaque neurale, même en l’absence de fermeture.


image La hernie liquidienne est parfois absente, l’ouverture rachidienne est directement comblée par la moelle ouverte sans aucune protrusion ou même avec une cavité (fig. 10.3c et 10.4c). La plaque neurale est directement attachée à la peau périphérique. On conçoit aisément que le diagnostic soit plus difficile en l’absence de hernie nerveuse. Cette forme de spina bifida ouvert est souvent appelée spina plan ou myélocèle (mais aussi, et improprement, rachischisis).


image Un trouble de l’induction et de la différenciation au niveau de l’éminence caudale est à l’origine de lésions strictement sous-cutanées (par définition) représentées surtout par le lipome spinal de la région lombo-sacrée.


image La non-régression caudale : d’exceptionnels cas de persistance de l’appendice caudal au 1er trimestre ont été décrits en échographie (fig. 10.5). Une régression peut être notée au 2e trimestre, ne laissant la place qu’à un sinus pilonidal sacré. À la naissance, la persistance de l’appendice caudal peut se caractériser par une simple tuméfaction de la région lombo-sacrée mais aussi dans les formes majeures par une véritable queue humaine (true tail) comportant du tissu mésenchymateux (tissu musculaire, conjonctif, nerveux, vasculaire et cutané) mais pas de tissu osseux, cartilagineux ou médullaire. L’association avec d’autres anomalies fœtales (spina bifida, fente labiale, pied bot, syndactylie) est retrouvée dans 20 % des cas.




Étape no 3


Le tube neural fermé va se couvrir de mésenchyme et se séparer de sa couverture ectoblastique. Il se comporte en inducteur de la différenciation de ce mésenchyme en « endoméninges » (pie-mère et arachnoïde), « ectoméninges » (dure-mère, arcs vertébraux et voûte crânienne) et derme (qui induit lui-même la transformation de l’ectoblaste en épiderme). Toute la fermeture postérieure du canal rachidien dépend de ce mécanisme. De même, la formation du chondrocrâne dépend de ces phénomènes d’induction autour des vésicules cérébrales, le cerveau déterminant le volume et la forme de son enveloppe et non l’inverse :


Dysraphies de l’étape no 3. À cette étape, un défaut du mécanisme d’induction peut avoir des conséquences très polymorphes mais ne concernera que les éléments de la couverture postérieure induits par le tube neural alors que la fermeture du tube lui-même est déjà acquise.



image La plus fréquente est la dysraphie ectoméningée (dure-mère et arc vertébral postérieur) qui conduit à la formation d’une hernie méningée ou méningocèle, qui représente en gros un quart des cas de dysraphies spinales. C’est une hernie méningée ne contenant que du LCS, la moelle et les racines normales sont en place (fig. 10.3d). Une peau normale peut recouvrir la méningocèle ou plus souvent une peau fine, mal différenciée, sans derme profond. Il y a peu de malformations cérébrales associées, et le pronostic neurologique peut être bon.


image La dysraphie purement osseuse réalise un spina bifida occulta (caché) qui correspond bien à sa dénomination car il passe le plus souvent inaperçu. Il siège généralement au niveau lombo-sacré. Les méninges sont normales et seul manque l’arc vertébral postérieur (fig. 10.3e). Le revêtement cutané est intact mais il peut être marqué par une touffe de poils, une fossette, un sinus épidermique, un angiome.


image La dysraphie la plus superficielle se traduit une simple aplasie cutanée, sans traduction anténatale.


image Une séparation imparfaite entre le tube neural et l’ectoblaste peut laisser localement des reliquats de communication entre la peau et le névraxe : ce sont les sinus dermiques qui peuvent prendre la forme de fistules plus ou moins complètes ou de kystes.


image Une différenciation prématurée et aberrante du mésenchyme peut conduire à la formation d’un lipome intrarachidien avec défaut de fermeture de l’arc postérieur : c’est le spina lipome. Le lipome peut également entrer dans le cadre d’un spina bifida ouvert sous la forme d’une lipomyéloméningocèle (fig. 10.3g, et voir plus loin fig. 10.12).


image Un défaut d’induction est également à l’origine des anomalies cérébrales (malformation de Chiari 2) associées presque constamment aux spina bifida ouverts, quelles que soient leur forme ou leur étendue12. On pense que l’ouverture anormale du tube neural et la fuite de LCS entraînent une dilatation insuffisante de la vésicule rhombencéphalique, perturbant l’induction du mésenchyme avoisinant et aboutissant à une fosse cérébrale postérieure trop petite. La malformation de Chiari II résulterait alors de la croissance normale du rhombencéphale dans cette fosse postérieure trop étroite, entraînant l’issue de certains éléments vers le bas dans le trou occipital et vers le haut dans l’ouverture de la tente du cervelet. Le segment supérieur de la moelle étant fixé à l’atlas par le ligament dentelé, le bulbe refoulé vers le canal cervical doit se replier derrière la moelle cervicale accompagné par le V4 et le vermis qui l’un et l’autre se retrouvent dans le plan du trou occipital. Vers le haut, la hernie cérébelleuse dans le foramen de la tente vient écraser l’aqueduc de Sylvius. Latéralement, le cervelet déborde de part et d’autre du tronc cérébral en imprimant à la face postérieure des rochers une concavité postérieure. La tente du cervelet peut être insérée plus ou moins bas, à proximité du trou occipital. Le foramen de la tente et le trou occipital peuvent être très larges. La présence d’une malformation de Chiari 2 aggrave encore plus le pronostic neurologique.



Sémiologie échographique


L’ouverture du rachis et ses conséquences sur la morphologie de l’arc postérieur vertébral sont à l’origine des éléments sémiologiques échographiques essentiels au diagnostic. La présence ou l’absence d’un « sac herniaire », son contenu, l’aspect du revêtement dorsal, l’existence ou non de signes indirects ou de lésions associées permettent de distinguer les différentes formes anatomo-cliniques de dysraphies.


Pratiquement, le rachis fœtal peut être étudié selon les trois plans de coupe décrits classiquement (sagittal, transversal, frontal) du cou au sacrum (voir chap. 6 et en particulier les fig. 6.50 à 6.54). L’examen échographique doit comporter au moins deux de ces plans. Le plus souvent, l’utilisation conjointe des plans transversaux et sagittaux est suffisante pour le dépistage. Sur un fœtus en présentation du siège, notamment en cas de dos postérieur, la visualisation de l’extrémité caudale du rachis et de ses plans cutanés superficiels peut être difficile. L’utilisation de la voie endovaginale permet parfois un accès plus aisé au bas de la colonne. Le mode 3D-4D (fig. 10.6) peut être intéressant pour le dépistage mais il n’est pas indispensable et faute d’expérience, il peut requérir plus de temps que le mode 2D. En effet, il faut naviguer entre différents modes comme le rendu de surface, la coupe épaisse, le volume osseux ou le « multiplan » pour tirer tout le profit de ce progrès technologique. En revanche, quand le diagnostic est fait, le mode volumique permet une vision globale de la lésion et de son étendue (mais cela change rarement l’issue finale de ce diagnostic).



Le diagnostic repose sur la recherche de signes échographiques directs et indirects, ces derniers pouvant être identifiés préalablement à l’étude du rachis lors de l’étude du pôle céphalique. Ceci conduit alors à une étude encore plus soigneuse du rachis, notamment pour les rachischisis ouverts sans myéloméningocèle (myélocèle ou myéloschisis).



Signes directs


Le diagnostic échographique du spina bifida est habituellement posé au 2e trimestre de la grossesse. Un spina bifida étendu, kystique surtout associé à une déformation rachidienne peut aussi être diagnostiqué au 1er trimestre lors de l’échographie de dépistage.


Dans plus de 90 % des cas, il s’agit de formes kystiques avec une composante liquidienne plus ou moins importante et saillante, correspondant le plus souvent à une myéloméningocèle, plus rarement à une méningocèle. L’atteinte osseuse sera située le plus exactement possible (au mieux sur une coupe transversale) en repérant sa hauteur ainsi que le nombre et le niveau des vertèbres atteintes. Par ordre de fréquence, l’atteinte est lombo-sacrée dans 80 % des cas, thoraco-lombaire dans 10 %, thoracique dans 7 % et cervicale dans 3 %. Au 2e trimestre de la grossesse, les repères échographiques de la colonne fœtale sont les suivants : le corps vertébral de la 12e vertèbre thoracique (T12) est situé au niveau de la dernière côte et celui de la 1re vertèbre sacrée (S1) correspond au sommet des ailes iliaques.



Formes classiques de dysraphie spinale


En coupe sagittale et parasagittale (fig. 10.7 à 10.9)






image Solution de continuité du revêtement cutané et des parties molles parfois évidente (myélocèle), mais c’est la forme la plus difficile à identifier, où les signes indirects prennent toute leur valeur. Elle peut être dissimulée si le dos appuie sur la paroi utérine.


image Hernie méningée, remplie de LCS, faisant saillie en arrière du rachis et se repérant souvent assez facilement, mais on peut la manquer en fonction de la position du fœtus si elle est très petite ou, paradoxalement, très grande confondue alors avec une citerne de liquide amniotique.


image Contenu purement liquidien dans la méningocèle où la moelle n’est pas déplacée mais, beaucoup plus souvent, présence d’une myéloméningocèle confirmée par l’existence de travées nerveuses plus ou moins épaisses, échogènes, distribuées de façon linéaire en direction de la placode neurale, ou anarchique dans la hernie.


image Paroi souvent fine, ce qui ne préjuge pas de sa nature histologique (méninge, plaque neurale, derme, épiderme), et d’autant plus fine que la hernie est volumineuse avec une forte pression interne. Les épaississements, internes ou externes, et les gros plis évoquent clairement la présence d’une plaque neurale (myéloméningocèle). En pratique, la présence et la qualité d’un revêtement cutané sont difficiles à préciser.


image Sagittalisation des lames postérieures dont l’ouverture, arciforme sur une coupe frontale, conduit à leur disposition irrégulière sur une coupe parasagittale sur une hauteur variable. C’est souvent cette irrégularité du « pointillé » rachidien qui attire en premier l’attention.


image Angulation rachidienne anormale, fréquente dans les larges spina bifida, soit par un déséquilibre de la statique vertébrale, soit par l’association avec une malformation des corps vertébraux.



En coupe transversale (fig. 10.10)



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May 20, 2017 | Posted by in Uncategorized | Comments Off on 10: Pathologie du rachis fœtal

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